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Cancer du sein : la vie après le cancer

Par TopSante 15 Mai 2013 | 15h43

Renouer avec la vie quotidienne est un challenge pour les femmes qui ont dû se battre contre le cancer du sein. A l'occasion de la Journée mondiale contre le cancer, trois femmes nous ont confié leurs états d'âme.

Soline: je veux maintenant adopter un enfant

Après une chimiothérapie, Soline, 30 ans, subit l’ablation d’un sein en 2008. Depuis, elle prend un traitement hormonal.

"Pouvoir bénéficier d’un traitement hormonal ciblé est une chance. Le problème est que cela m’empêche d’avoir des enfants pendant 5 ans. C’est long et douloureux. Surtout si je m’aperçois, à ce moment-là, que la chimiothérapie m’a rendu stérile… Pour toutes ces raisons, mon mari et moi-même allons entamer une procédure d’adoption. Peut-être est-ce prématuré, mais je sais désormais que la vie est fragile. J’aurais aimé pouvoir faire congeler mes ovocytes avant la chimio, mais c’était impossible, car mon cancer est hormono-dépendant. Les stimulations ovariennes sont donc proscrites dans ce cas-là.


J’attends les résultats des tests oncogénétiques (qui permettront de préciser le degré d’agressivité de ma tumeur). S’ils sont positifs et indiquent donc un risque important de récidive, je me ferai retirer le second sein et ferai une double reconstruction mammaire. De toute façon, j’ai fait le deuil de ma poitrine. J’ai été très soutenue par mon mari, je n’ai jamais douté de son amour.
Nous avons réussi à acheter un appartement, même si c’est lui qui porte le crédit à 100 %, car aucune banque n’a accepté de m’assurer !

J’essaie de manger davantage de fruits et de légumes. Je fais aussi du karaté et de la danse dans une association qui regroupe malades et anciens malades. Ça m’aide à me reconstruire, à me sentir bien dans mon corps. J’ai l’impression qu’il m’a trahie, ce corps ! J’ai très peur que mon bras gonfle à cause du curage axillaire (prélèvement d’une dizaine de ganglions situés sous le bras au niveau de l’aisselle susceptibles de contenir des cellules cancéreuses).

Mes angoisses de mort se sont estompées mais certains cauchemars subsistent encore aujourd’hui. Reste que ce cancer m’a aussi donné envie de m’investir pour les autres. J’ai rassemblé une équipe inter-entreprise pour la dernière course Odysséa (contre le cancer du sein) avec l’aide d’une de mes collègues ! Aujourd’hui, j’ai une incroyable soif de vivre. Je viens de reprendre mon travail à temps plein."

L’avis du Dr Anne Lesur, cancérologue, spécialiste des maladies du sein au centre Alexis Vautrin (Nancy)

Le problème de la fertilité après un cancer du sein est certainement un des points les plus délicats dans la prise en charge de cette maladie chez une femme jeune. Il est vrai que la chimiothérapie peut être responsable d’un arrêt des règles et d’une absence d’ovulation ultérieure. Cependant, il est rare que les règles ne réapparaissent pas lorsque la patiente a moins de 35 à 38 ans.

Des grossesses peuvent être menées après les traitements, même quand il y a eu une hormonothérapie. Il faut parler à l’équipe soignante pour connaître les délais à respecter et les modalités de mise en œuvre lorsqu’on désire mettre en route un bébé.


Hélène: mon kiné m'a aidée à retrouver ma féminité

Son cancer a été découvert en 2004. Après l’ablation du sein, Hélène, 62 ans, n’a pas souhaité de chirurgie reconstructrice.

"Je me suis très vite sentie guérie, sans doute parce je n’ai eu ni chimio, ni radiothérapie. Au départ, je pensais faire reconstruire mon sein. J’ai rencontré trois chirurgiens. Le dernier m’a expliqué que je ne retrouverai quand même pas ma jolie poitrine d’avant. Et puis, il fallait opérer l’autre sein pour obtenir une symétrie. Et je craignais qu’un sein siliconé soit moins sensible…

Finalement, j’ai opté pour des prothèses externes.Je me suis vite réapproprié mon corps, grâce à mon kiné qui m’a fait prendre conscience que mon côté gauche n’était pas totalement insensible. Il m’a aidé à retrouver ma féminité. Lors d’une aventure, quelque temps après, j’ai enlevé mon soutien-gorge et ma prothèse, sans penser à mon sein absent. Depuis, j’ai vécu d’autres histoires sentimentales, et je n’ai pas ressenti de rejet de la part de ces hommes. Peut-être parce que je me sentais à l’aise avec mon corps… Cela dit, j’ai toujours prévenu de l’ablation de mon sein avant d’être dans l’intimité.

Aujourd’hui, j’ai envie de vivre plus intensément. Mais je ressens quand même un décalage entre ma soif de projets et l’énergie dont je dispose. Mes parents ont été déportés, aussi je suis habituée à "l’impermanence des choses". Lorsque je suis tombée malade, j’étais en psychanalyse. Cette thérapie me permet de mettre des mots sur mes souffrances. Depuis 2 ans, je donne bénévolement des cours de création de bijoux à des femmes ayant eu un cancer, et j’interviens à la boutique l’Embellie, où des femmes viennent chercher une prothèse, une perruque… Là, j’ai pris conscience qu’une rechute était toujours possible. Sur le moment, cela m’a déstabilisée, mais j’ai pu dépasser mes peurs. Ces échanges sont pour moi d’une grande richesse. C’est formidable de pouvoir aider des femmes à se réconcilier avec leur image, à retrouver le goût de vivre…"

L’avis du Dr Anne Lesur, cancérologue

Face à l’ablation d’un sein, les réactions des femmes sont diverses et peuvent varier dans le temps. Le désir de reconstruction est lié à la personnalité de chacune, à son histoire personnelle, à son parcours familial. Il est important de bien se renseigner sur toutes les possibilités, sans pour autant se sentir poussée à la faire. La reconstruction fait partie du traitement, elle est prise en charge de la même façon (100 %) et elle peut être réalisée quelques années plus tard dans ces mêmes conditions de prises en charge financières.

Il faut savoir qu’il n’est jamais trop tard pour se décider, même si on a longtemps refusé cette intervention. Beaucoup d’équipes proposent aux patientes de rencontrer d’autres femmes "reconstruites". Une reconstruction que l’on peut regarder, palper, au sujet de laquelle il est possible d’échanger avec une autre femme devient plus accessible. Mais, quel qu’il soit, on respectera de toute façon le choix de la femme.


Vallée: je me sens à la fois plus forte et plus fragile

Après une tumorectomie en 2003, suivie de chimio, radiothérapie et d’hormonothérapie, une récidive a conduit à l’ablation du sein gauche de Vallée, 44 ans, puis à sa reconstruction. Suivie d’une nouvelle hormonothérapie.

"Quand je prenais du tamoxifène (traitement hormonal prescrit pour réduire les risques de récidive), je déprimais, j’avais des bouffées de chaleur… Je ne me reconnaissais plus. Mais le pire était à venir. Quand on m’a annoncé quelques années plus tard qu’on allait m’enlever le sein, je me suis rebellée. J’avais peur de perdre mon pouvoir de séduction

Le traitement prescrit ensuite m’a provoqué vomissements, œdèmes, insomnies, dépression… J’ai fini par dire à mon médecin que je ne voulais plus prendre ces médicaments. Ma décision était irrévocable. Depuis, j’ai repris des forces, mais je n’ai jamais retrouvé mon énergie d’avant. J’ai toujours des douleurs dues au curage axillaire. Et je dois me faire réopérer en raison d’une calcification autour de ma prothèse. Je suis un peu une guerrière moderne, c’est d’ailleurs l’intitulé de mon travail artistique, qui mêle peinture, dessin, photographie… Je me mets en scène, cela m’aide à accepter ces événements tragiques et à les sublimer. C’est vital pour moi ! Cela m’aide à maîtriser mes angoisses et à aller de l’avant.


En fait, je me considère un peu comme une mutante. J’ai un mari et une fille de 9 ans, avec qui j’ai une relation passionnelle. Elle n’a pas eu une enfance très drôle, avec une mère sans cesse en danger ! Je lui ai toujours dit la vérité sur ma maladie. Récemment, elle m’a lancé : « Maman, quand mes seins pousseront, j’aurai aussi un cancer ? » J’ai répondu que sa grand-mère, qui a 70 ans, est bien vivante et pleine d’énergie. Que le cancer n’est pas une fatalité. Actuellement, elle est suivie par un psychologue.
Je voudrais me sentir guérie, mais le corps médical me rappelle sans cesse que j’ai toujours cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. Je pourrais aussi bien me faire renverser dans la rue, alors je ne veux pas qu’on me mette la pression avec ça !"

L’avis du Dr Anne Lesur, cancérologue


Il est souvent difficile de faire abstraction de la maladie au quotidien, et le témoignage de Vallée l’illustre bien. Même à distance du diagnostic, et même quand les traitements les plus contraignants sont terminés. Cela montre la nécessité d’un accompagnement de l’après cancer, mesure phare du nouveau plan cancer de l’Institut national du cancer.
Certaines femmes ont besoin d’être écoutées et rassurées pendant longtemps. Toutes ont besoin d’un suivi médical adapté à leur histoire.

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