"Il est très dangereux de véhiculer ces images aux plus jeunes": le collectif qui a demandé l'annulation de la "sortie des nègres" à Deux-Acren s'explique

Le défilé du groupe folklorique des "nègres", organisé lors de la ducasse des Culants de Deux-Acren, dans l'entité de Lessines, a été retiré du programme. Une décision des organisateurs qui fait suite aux plaintes du collectif Bruxelles Panthères. Le groupe engagé contre les inégalités raciales a dénoncé le caractère raciste et dangereux de ce défilé.

La nouvelle est tombée hier et elle suscite l'étonnement à Lessines. Ce week-end, la traditionnelle "sortie des nègres" n'aura pas lieu cette année lors de la Ducasse à Deux-Acren mais. Elle a été annulée parce que "menacée", selon Pascal De Handschutter, bourgmestre de Lessines, qui nous explique: "Ce sont les organisateurs qui ont renoncé. Nous, nous avions pris toutes les dispositions. Le risque avait été évalué. J’avais d’ailleurs un escadron de la police fédérale en renfort. Nous avons reçu il y a 8 jours un e-mail assez interpellant et menaçant. Il vient d’une organisation du nom de 'Bruxelles Panthères' ou quelque chose comme cela. Il était clairement demandé d’interdire, à défaut ils débarqueraient sur place et empêcheraient l’activité par tous les moyens."

Le cortège, dans lequel défilent des danseurs grimés en membres d'une tribu, commémore la visite du Roi Baudouin au Congo lors de l'indépendance sous le régime de Mobutu.


"On n'apprend pas l'anti-racisme aux enfants en se déguisant en noir" 

Voici un extrait la lettre reçue par le bourgmestre: "Je vous demande l'annulation de l’événement intitulé 'La sortie des Nègres', qui doit se tenir ce samedi 15 septembre, dans le village Deux-Acren, dans l’entité de Lessines. Dans le cas contraire, nous serons obligés de venir à Lessines nous-mêmes, afin de sensibiliser les habitants et les participants des pratiques racistes du Blackface, et en particulier, de "La sortie des Nègres" que nous tenterons de faire annuler par tous les moyens nécessaires."

Un porte-parole du collectif a précisé à l'agence Belga qu'il n'y avait là aucune intention violente. Il indique que le terme "moyens" faisait référence au débat et la sensibilisation. "On n'apprend pas l'anti-racisme aux enfants en se déguisant en noir et c'est d'autant plus inacceptable dans un pays avec un passé colonial comme le nôtre," ajoute-t-il. Sur le site internet du collectif, il est précisé que les Bruxelles Panthères "ne s'interdisent aucune forme d'action pour atteindre leurs objectifs, mais dans le cadre de la loi".  


"Il est très dangereux de véhiculer ces images aux plus jeunes"

"La peau des noirs ne peut pas être utilisée comme déguisement, surtout si l'on prétend vouloir enseigner l'antiracisme aux enfants", a encore réagi le porte-parole de Bruxelles Panthères, Mouhad Reghif. "Nous respectons les traditions de chacun, mais nous militons pour une vision de l'histoire qui ne soit pas celle des colons. Ce genre de défilé est d'autant plus inacceptable compte tenu du passé colonial de notre pays", ajoute-t-il.

Un avis partagé par le Collectif Mémoire Coloniale et Lutte contre les Discriminations pour qui le problème n'est pas la tradition en soi, mais son ancrage dans la propagande coloniale. "Il ne s'agit pas d'une conférence ou d'une exposition suivie d'une explication mais d'une festivité où sont conviés les familles et leurs enfants. Il est très dangereux de véhiculer ces images aux plus jeunes, qui sont les citoyens de demain et qui vont grandir avec ces représentations", explique le co-fondateur d'association, Kalvin Soiresse.


"Ras-le bol" des images véhiculées sur les questions coloniales

L'organisation avait déjà interpellé les dirigeants politiques des principaux partis francophones pour leur manifester un véritable "ras-le-bol" quant aux récits et aux images véhiculés sur les questions coloniales. Un message qui n'avait pas été entendu, regrette M. Soiresse, qui s'était dit choqué par le degré d'"indifférence, d'ignorance et de cynisme" de certains leaders politiques sur ce thème. Le collectif tient donc à saluer l'annulation du défilé et espère qu'elle sera suivie d'une véritable remise en question de cette tradition.

"Nous respectons les sensibilités de chacun"

Pour leur part, les organisateurs expliquent qu'ils préfèrent annuler le cortège et éviter ainsi tout débordement. "Le jeu n'en vaut pas la chandelle. Nous ne voulons ni bagarre ni présence policière excessive. Il s'agit avant tout d'une festivité locale et folklorique sans aucun message politique, mais nous respectons les sensibilités de chacun", déclare un membre de la Société "Rue Culant" qui organise l'événement.


"Ce n’est pas du tout un événement raciste"

Michael est un habitant de la région liégeoise dont la femme est originaire des Deux-Acren. Il nous a contacté via le bouton orange Alertez-nous pour nous faire part de son mécontentement face à cette annulation. D'emblée, il précise: "Ce n’est pas du tout un événement raciste. C’est du folklore. Nos traditions s’en vont. C’est un événement juste bon enfant. Les habitants sont très déçus. C’est la fête de l’année. C’est juste de l’autodérision. Il y a même des gens de couleurs qui y participent."

Jacques Haegeman, secrétaire de la société qui organise ce défilé folklorique était au micro du RTL INFO: "Nous n’avons jamais fait de racisme. C’est une fête qui existe depuis 1981. Les enfants viennent dans le cortège et aime se maquiller. C’est un petit carnaval pour nous."

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