Procès Stéphane Pauwels: l'avocat de Farid Hakimi, le chef présumé, compare son client aux Afro-Américains qui se font tirer dans le dos aux USA

Au procès, qui implique l'animateur Stéphane Pauwels et le boxeur Farid Hakimi, leurs avocats ont plaidé ce matin et ils ont clairement évoqué l'abandon pur et simple des poursuites, parce que le policier qui a dirigé cette enquête entretenait une relation avec la compagne d’un suspect et il lui aurait, notamment, dévoilé des informations.

Me Frank Discepoli, avocat de Farid Hakimi, a plaidé ce mercredi matin devant le tribunal correctionnel de Charleroi, délocalisé au Lotto Mons Expo. Son client, considéré par le parquet fédéral comme le dirigeant d'une association criminelle qui a multiplié les home-jackings entre 2015 et 2017 en Hainaut et dans le Brabant wallon, encourt 20 ans de prison.

Farid Hakimi est en aveux de certains faits mais en contestent d'autres. Il nie notamment être "le cerveau" d'une association criminelle. "Aux Etats-Unis, les gens manifestent pour réclamer justice car un policier blanc a tiré dans le dos d'un noir. Je demande aussi justice pour mon client, dans mon pays, car on lui a tiré dans le dos durant deux ans. Je demande d'envoyer un message fort : qui accepterait que son dossier soit pollué, soit trafiqué par une chef d'enquête ?", a lancé Me Frank Discepoli.

Ce dernier dit avoir vu 25 cas de violation des droits de la défense et de la présomption d'innocence dans ce dossier, au mépris de la loyauté. Pour rappel, le chef d'enquête est renvoyé devant un tribunal pour avoir violé le secret professionnel lors de sa liaison avec la compagne de Marwane Hammouda, prévenu dans ce dossier.

L’avocat Frank Discepoli a ainsi abordé l’incroyable faille du dossier: "Hier le procureur fédéral a dit qu’il s’agissait uniquement d’une histoire de fesses. Nous en sommes très loin, dès l’instant où il s’agit d’indiquer des perquisitions qui auront lieu, qu'il y a des sms visant à solliciter de certains témoins qu’ils fassent certaines choses, des marchés qui sont pris avec des prévenus en vue de leur faire obtenir des surveillances électroniques. Excusez-moi mais c’est très loin d’une simple histoire de fesses".

Face à cette enquête qu’il estime corrompue, il a demandé ce matin l’abandon des poursuites malgré la gravité des faits qui ont été commis.

Le chef d'enquête mouillé

Plusieurs prévenus, dont Stéphane Pauwels qui déclare ne pas connaitre Farid Hakimi, ont déclaré que le chef d'enquête avait fait pression sur eux pour charger le boxeur montois, lors de leurs interrogatoires. "La confiance envers les enquêteurs a été trahie au détriment des prévenus, des victimes, des collègues du policier, du parquet fédéral et du tribunal", insiste Me Discepoli qui estime que l'article 56 du code d'instruction criminelle n'a pas été respecté, pas plus que la Convention européenne des droits de l'Homme.

L'avocat ajoute que le chef d'enquête a refusé de faire certains devoirs d'enquête, sollicités par Farid Hakimi soucieux de prouver son innocence.

Le boxeur a avoué certains faits mais il en conteste plusieurs. "Ses alibis n'ont pas été vérifiés. La téléphonie n'a pas été exploitée à suffisance et a été choisie à charge de Farid Hakimi et de plusieurs prévenus", regrette Me Discepoli qui estime que c'est une atteinte aux droits de la défense.

Le 4 avril 2017, Farid Hakimi est déjà fortement suspecté par les policiers, au travers d'un procès-verbal, de commettre des attaques violentes, avec Pascal Faedda et Mohammed Benaouane, dans la région de Mons et ailleurs en Belgique.

Le 21 avril, un procès-verbal indique que les trois ont un complice, un Moldave, pour commettre de nouveaux faits.

Le 20 octobre 2017, le chef d'enquête écrit que la compagne d'Hammouda aurait pu véhiculer les auteurs d'un home-jacking.

Aucune vérification n'est faite mais, le 22 novembre, elle balance les noms de Farid Hakimi et de Marwane Hammouda lors de son interrogatoire à la police.

Le 5 décembre 2017, Farid Hakimi est placé sous mandat d'arrêt pour extorsion d'une dame mais pas pour des faits de home-jacking.

Coup de théâtre, le mandat d'arrêt est illégal et l'affaire est renvoyée devant la cour d'appel de Mons. "Mais alors que l'arrêt de la chambre des mises en accusation n'est pas encore rendu, Farid Hakimi est de nouveau placé sous mandat d'arrêt pour des home-jackings et association de malfaiteurs", dit son avocat.

Le 7 décembre 2017, Marwane Hammouda est entendu à la prison par le chef d'enquête et un autre policier. De 11h30 à 13h00, les policiers ont permis à Hammouda de s'entretenir avec sa compagne, sous surveillance policière, alors qu'elle a été interrogée plus tôt au sujet des attaques à mains armées.

7.105 SMS

Entre le 11 janvier et le 12 avril 2018, le chef d'enquête et la compagne d'Hammouda ont échangé 7.105 SMS. Le comité P a rendu un rapport à ce sujet indiquant que le chef d'enquête informait la compagne d'Hammouda sur l'évolution de l'enquête. Des SMS envoyés par le policier incitaient aussi cette femme à quitter Hammouda. "Il sait aussi qu'Hammouda a un GSM en prison et il communique avec lui. Il ne dénonce pas mais il passe des marchés avec lui", ajoute l'avocat qui a lu des SMS démontrant qu'Hammouda n'hésitait pas à appeler le policier par son prénom, lui demandant pourquoi son bracelet électronique lui avait été refusé par la chambre du conseil. L'autre lui a répondu qu'il allait arranger les bidons à son retour de congé, alors que ce n'est pas son rôle. Une surveillance électronique est néanmoins accordée à Hammouda, ce qui a incité le procureur fédéral à faire appel. "Ces marchés ont été tenus quelques jours après les aveux d'Hammouda du 2 mars 2018. Qu'est-ce qu'un citoyen peut penser de notre système?", s'insurge l'avocat. Dans un autre SMS, le chef d'enquête écrit à la compagne d'Hammouda qu'il a tenu sa parole et qu'il a prouvé son honnêteté. Les deux tourtereaux se sont d'ailleurs affichés ensemble sur les réseaux sociaux.

Le 5 juin 2019, Hammouda parle des "arrangements" entre lui et le chef d'enquête au comité P. L'instruction a été confiée à un juge d'instruction de Charleroi qui a inculpé le policier, écarté d'office par sa hiérarchie. Il est inculpé de violation du secret professionnel. Un autre prévenu dit avoir fait l'objet d'un chantage de la part du policier qui, selon lui, "avait fait de cette enquête, une affaire personnelle".

Un parallèle avec l'arrêt "spaghetti" dans le dossier Dutroux

Lundi, lors de l'instruction d'audience, un autre prévenu a dit avoir subi des pressions du chef d'enquête, lui proposant de dénoncer Farid Hakimi contre sa libération. L'avocat a poursuivi avec d'autres exemples dénonçant l'attitude de celui qui a rédigé 95% des procès-verbaux dans le cadre de cette affaire. L'avocat a relu une série de procès-verbaux, signés des enquêteurs, affirmant que Farid Hakimi était impliqué dans la quasi-totalité des faits, "violant ainsi la présomption d'innocence alors qu'il n'a pas encore été auditionné dans le cadre de ces faits".

En début d’après-midi, c’est l’avocat de l’autre frère Hakimi, Saïd, prendra la parole, il rappellera que lorsque dans le procès Dutroux le juge d’instruction avait mangé avec des victimes, il avait été écarté du dossier.

"Quand à l’époque dans un dossier Dutroux on a prononcé l’arrêt spaghetti, on a rappelé ce que devait être le travail d’un juge d’instruction. J’espère qu’on se souviendra de cette décision dans ce dossier en particulier, en rappelant ce que doit être une enquête et surtout le type d’enquête dont on ne veut pas en Belgique", a indiqué Fabian Lauvaux, l'avocat de Saïd Hakimi.

Stéphane Pauwels était présent ce matin, ses avocats prendront la parole pour lui vendredi dans la journée.

RTL INFO avec Belga, Benjamin Samyn et Xavier Preyat

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