Une firme belge bâtit une usine de revalorisation de déchets à Hong-Kong: pourquoi est-ce mieux de brûler les déchets plutôt que de les enfouir?

Keppel Seghers: ce nom ne vous dit probablement rien, mais c'est une des entreprises à la pointe en matière de la construction d'usine gérant les déchets. Belge d'origine et toujours implantée près d'Anvers, elle a décroché un méga contrat à Hong Kong. On a discuté avec le responsable du projet en question, qui va avoir pas mal de travail dans les 7 prochaines années…

"Un projet belge historique dans l'Empire du Milieu": c'est de cette manière que Benoit Englebert, responsable du développement de l'entreprise Keppel Seghers, évoque un contrat pharaonique décroché en Asie, au moment de contacter la rédaction de RTL info via le bouton Alertez-nous.

"La société anversoise (qui est restée relativement autonome même si elle fait partie du géant singapourien Keppel Corporation, ndlr) a remporté un contrat historique à Hong Kong pour la construction d'une usine qui transformera quotidiennement 3000 tonnes de déchet en électricité verte".

On a discuté avec Benoit Vanderborght, le responsable du projet en question, pour en savoir plus.

Une île artificielle !

L'un des points les plus étonnants de ce "méga projet (c'est la première fois qu'on fera quelque chose de si grand…)", c'est que l'usine va être bâtie sur une île artificielle.

Mais pourquoi ? A l'instar de Macao, Hong Kong, qui a un statut financièrement et légalement particulier par rapport à la Chine à laquelle elle 'appartient' pourtant, est une cité-état assez limitée géographiquement parlant. Sa densité de population est parmi les plus élevées au monde (environ 7 millions d'habitants pour 1.000 km2).

Donc lorsqu'on parle de gestion des déchets, on imagine vite le casse-tête que représentent beaucoup d'humains très occidentalisés (et très riches) sur une petite île. Soit environ 9.000 tonnes de matière indésirable à faire disparaître… chaque jour.

"Ils enfouissent tous leurs déchets dans le sol", ce qui prend forcément beaucoup de place, au fil des ans…, nous a expliqué Benoit Vanderborght.

L'idée de construire une île artificielle au large des côtes hongkongaises pour y bâtir une usine de traitement des déchets prend donc tout son sens.

On s'est associé dès le départ avec une entreprise chinoise spécialisée dans le dragage (Zhen Hua) pour construire l'île

Une phase en Belgique, une phase à Hong Kong

Ça tombe bien, l'entreprise Keppel Seghers, basée à Willebroek, est spécialisée dans la revalorisation des déchets.

Autre bonne nouvelle: "le marché belge de la revalorisation de déchets est saturé: on est déjà bien équipés et parmi les plus performants au monde". Keppel Seghers s'étend donc à l'international, surtout vers l'Asie. "On a participé à un appel à projet. Il y avait trois concurrents et on a été choisis".

2018 marque donc le début d'un projet "d'ampleur mondiale, et qui va durer jusqu'en 2024". La première phase, "c'est l'engineering, en Belgique", c'est-à-dire que Keppel Seghers va engager 30 ingénieurs supplémentaires (sur la centaine présente en général) afin de mettre en œuvre son projet, réaliser les nombreux achats de matériaux ("beaucoup devront être acheminés sur place"), etc…

La deuxième phase aura lieu sur place, pour "suivre le chantier et mettre l'usine en démarrage". Les Belges seront donc à Hong Kong durant quelques années pour superviser les contractants locaux chargés de la construction de l'usine.

Mais auparavant, il faut faire sortir de mer une île de 16 hectares. Et ça, ce n'est pas vraiment le domaine d'expertise de l'entreprise anversoise. "On s'est associé dès le départ avec une entreprise chinoise spécialisée dans le dragage (Zhen Hua) pour construire l'île".

Revaloriser au lieu d'enfouir

En 2024, l'usine "transformera donc 3.000 tonnes de déchet en énergie verte", soit un tiers des déchets générés dans la cité-état, l'une des plus grandes places financières dans le monde.

Le cœur de métier de Keppel Seghers, on l'a dit, c'est la revalorisation de déchets. La notion sent bon l'écologie, pourtant elle consiste à… bruler des déchets mélangés. Rien de bien agréable pour la couche d'ozone, a priori.

"Mais quand on pratique l'enfouissement de déchet, comme on le faisait avant en Belgique, on ne fait rien avec le déchet", répond le responsable de projet. "Or il y a parfois 60% de déchets organiques, qui se décomposent donc sans aucun contrôle dans le sol".

Et ça, ce n'est pas bon. "Car il y a une importante production de gaz, de méthane", qui perturbe la géologie des lieux et génère aussi des émissions de carbone.

Sachez également que l'incinération réduit de 90% le volume des déchets. Ils prennent moins de place et ne polluent pas les sols, très bien. Mais surtout, leur combustion génère de l'énergie.

"C'est assez simple: la chaleur est convertie en vapeur dans une chaudière, il y a une turbine qui produit de l'électricité, et celle-ci est injectée dans le réseau". De quoi fournir de l'électricité à 100.000 foyers. Pas mal…

Seul revers de la médaille, d'après notre interlocuteur: "le coût…". La cité-état, qui en a les moyens, va investir au total… "3,3 milliards d'euros" dans le projet (dont une partie pour l'entreprise belgo-singapourienne Keppel Seghers).  

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