L'usage de la voiture fait sa RÉVOLUTION: de nombreuses sociétés de partage de véhicules connaissent une forte expansion

La société de carsharing cambio a clôturé l’année 2018 avec 484.431 trajets, indique-t-elle dans un communiqué. Ceux-ci ont été effectués par 35.103 utilisateurs dans 44 villes de Belgique.

Ces chiffres marquent une augmentation de 12% en comparaison avec l’année 2017 où 431.524 trajets avaient été comptabilisés par cambio. Le service compte actuellement 1.282 voitures en circulation et 529 stations. Si on estime qu’une voiture cambio remplace 12 véhicules privés, cela représente 14.102 voitures en moins sur les routes belges, affirme la société.

Bruxelles, parfait exemple

Les problèmes de mobilité se multiplient ces dernières années. Bruxelles est le parfait exemple d'un équilibre encore à trouver entre bien-être pour les riverains, déplacement des Bruxellois et déplacement des travailleurs venant du reste de la Belgique.

Pour l'instant, Pascal Smet, ministre SP.A de la mobilité à Bruxelles, cherche encore l'équation, et multiplie les projets. Mais on ne fait pas d'omelettes sans casser des œufs et les constats sont là: le centre de Bruxelles est de moins en moins accessible en voiture, des tunnels sont fermés de manière presque définitive pour des rénovations qui traînent, des viaducs sont démolis.

Il est donc temps de repenser notre manière de se déplacer et si les transports en commun restent, à l'intérieur de Bruxelles tout du moins, la meilleure solution, il y a des cas bien précis où l'on a besoin d'une voiture. Mais rarement assez pour en acheter une, assumer les coûts fixes, lui trouver une place de parking plus ou moins sécurisée tous les soirs.

Pour ces gens-là, et ils sont de plus en plus nombreux, les solutions se multiplient. On en a analysé deux qui ont débarqué assez récemment en Belgique: Drivy et DriveNow. Deux visions assez différentes de ce qu'on appelle de manière générale le car sharing (voiture partagée entre plusieurs utilisateurs).

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Drivy: mettre sa voiture en partage ou l'emprunter à un particulier

La plateforme Drivy est davantage 'sociale' que DriveNow, vous allez le voir, car il y a une certaine interaction entre particuliers, entre utilisateurs de la plateforme. Même s'il s'agit d'une entreprise entièrement privée - et pour une fois, il ne s'agit pas d'un géant américain: Drivy est basée à Paris et emploie 110 personnes.

C'est tout de même un géant européen (France, Allemagne, Espagne, Autriche, Belgique et Royaume-Uni), avec "1,5 millions de clients, qui utilisent 50.000 voitures disponibles", nous a expliqué Quentin Lestavel, responsable pour la Belgique et la France.

Le fondateur de Drivy, Paulin Dementhon, est parti d'un constat évident en 2010: les voitures coûtent de plus en plus cher, et elles sont de moins en moins utilisées, "c'est le phénomène des voitures ventouses", poursuit notre interlocuteur, qui restent à la même place pendant trop longtemps...

L'idée de base, c'est donc le vrai partage de voiture, à la fois pour le propriétaire particulier qui n'en a pas besoin tous les jours, comme pour le conducteur qui cherche occasionnellement à utiliser une voiture pour quelques heures.

Pour mettre ce petit monde en relation, il y a l'inévitable application qui s'améliore au fil du temps. De gros développement sont apportés en permanence, grâce aux dizaines de millions d'euros levés à droite et à gauche depuis quelques années. L'appli vous permet, entre autre, de réserver une voiture pour une durée déterminée ou d'en gérer la location si vous êtes propriétaire, de payer (via un moyen de paiement enregistré), de faire les photos pour l'état des lieux, etc…

Très ambitieux (pour percer sur ces marchés très dynamiques il faut sans cesse s'améliorer), Drivy a lancé en Belgique également son système Drivy Open, qui permet d'éviter une étape très lourde, à savoir la signature du contrat (ça peut se faire via l'application mais il y a l'option papier) entre le propriétaire et le locataire, à la fin et au début de la location…

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Quentin Lestavel, patron de Drivy pour la Belgique et la France

Pour Drivy Open, il faut utiliser un boitier permettant de déverrouiller la voiture avec un smartphone. "Nous prenons en charge l'installation du système qui dure environ une heure. On a mis plus d'un an à le mettre au point, il est très fiable. Celui qui loue une voiture l'ouvre avec son application après avoir pris des photos pour l'état des lieux, puis il prend les clés qui se trouvent dans la boite à gants. Pour l'instant, on le propose aux propriétaires qui louent régulièrement leur voiture, mais d'autres peuvent le demander. L'installation est gratuite, mais après il faut payer un abonnement de 30€ par mois".

Drivy Open, "qui va devenir progressivement la norme", simplifie donc largement la procédure, et intéresse dès lors davantage les professionnels qui veulent rentabiliser des voitures qui dorment dans un garage, dans la 'flotte' d'une PME, etc… "Dans de bonnes conditions, une voiture rapporte 800€ brut par mois". Pour s'étendre dans toute l'Europe, Drivy a besoin "des particuliers comme des professionnels", le but étant d'avoir un maximum de véhicules disponibles pour attirer de nouveaux locataires.

Drivy n'est pas limité géographiquement. La disponibilité des voitures dépend de l'intérêt des propriétaires, typiquement ceux qui utilisent peu leur voiture au jour le jour et qui décident de la mettre en location durant certaines périodes. Quant au prix de la location, "il est fixé par le propriétaire", même si les équipes de Drivy "recommandent" des tarifs pour qu'il y ait de l'intérêt de la part des utilisateurs… On a fait le test, pour louer une voiture à Bruxelles un samedi de 12h à 16h, les prix varient entre 19€ pour une vieille Opel Corsa, 50€ pour une camionnette, 100€ pour un gros SUV assez luxueux. Ce prix inclut 100 km. Si vous dépassez cette distance, un supplément par km s'applique (environ 10 centimes). Attention: le prix du carburant n'est pas compris. Notez que la voiture la plus proche était située à 2 km, soit 20 minutes de marche. S'il pleut, c'est fâcheux.

En conclusion, Drivy est une excellente plateforme, l'application est très bien faire, les améliorations comme Drivy Open facilite largement la procédure de location. Ça permet aux propriétaires de rentabiliser une voiture peu utilisée, et à n'importe qui de louer la voiture de son choix occasionnellement.

Il y a des inconvénients par rapport à DriveNow, vous allez le voir: il faut ramener la voiture à son point de départ à la fin de la location. Si la voiture n'est pas équipée de Drivy Open, il faut en plus la rendre en main propre à son propriétaire pour remettre les clés et faire l'état des lieux, dans des heures raisonnables. On ne peut donc pas s'en servir pour se rendre à un endroit et y rester. Par exemple pour aller boire un verre, pour aller au travail quand on n'a pas envie de prendre le tram, etc.

Autre inconvénient: l'essence. A la fin de la location, il faut que le niveau de carburant soit identique à celui du début de la location. Comment estimer précisément la quantité d'essence ou de diesel à remettre soi-même ? Il est possible de s'arranger à l'amiable avec le propriétaire si vous ne refaites par le plein, mais le prix fixé n'est pas forcément intéressant…

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L'approche de DriveNow est un peu plus traditionnelle, plus commerciale. Mais plus simple aussi, et la qualité globale de l'expérience est plus 'premium' (tout comme le prix).

Et pour cause: à Bruxelles (Anvers et Liège pourraient arriver prochainement), DriveNow met en location, à la minute, des voitures pratiquement neuves de type BMW ou Mini. Le choix des marques n'est pas un hasard: "DriveNow est née à Munich en 2011. Elle appartient 50% à BMW et 50% à Sixt", nous a expliqué Christian Lambert, responsable pour la Belgique. BMW et Sixt (loueur de voitures) sont historiquement implantées à Munich, berceau industriel allemand, depuis des décennies.

Et ce n'est pas un hasard non plus si deux acteurs du monde automobile se cachent derrière DriveNow. "Le marché de l'automobile va changer, car l'urbanisation du monde va s'accélérer, et la voiture autonome devenir une réalité. Vers 2030, on n'achètera plus de voitures, la croissance des ventes va s'arrêter. La voiture va devenir un service: on paiera pour être emmenés à la mer ou au restaurant sans devoir conduire la voiture. Est-ce un fantasme ? Pas si sûr…", nous a expliqué Christian Lambert, patron de DriveNow Belgique.

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Christian Lambert, country manager DriveNow pour la Belgique

Le concept est plus facile à expliquer que Drivy, car il se rapproche un peu plus du loueur de voitures traditionnel, mais avec des options pratiques en plus. Tout se passe, à nouveau, via l'application pour smartphone, qui permet de s'inscrire, de choisir une voiture dans les environs, de la réserver le temps de s'y rendre, de l'ouvrir avec le smartphone ou la carte DriveNow. Ensuite, vous êtes facturé à la minute, selon le type de véhicule emprunté. Comptez entre 24 cents (en promo) et 36 cents la minute. Soit en moyenne 9€ la demi-heure d'utilisation. Mais tout est compris, même le carburant, contrairement à Drivy où il faut restituer le véhicule avec le même niveau d'essence qu'au départ.

Autre avantage, et il a son importance: quand vous avez terminé, vous déposez la voiture plus ou moins n'importe où dans la Capitale (rue en libre stationnement ou dans les zones verte et bleue, quelques grands parking privés souterrains). Il ne faut pas la rendre à son propriétaire. Cet avantage, DriveNow le doit "à plusieurs rencontres et collaborations avec les autorités bruxelloises" qui ont intégré le freefloating (auto-partage en libre-service) dans leur règlement. Et ça change tout: on peut utiliser une BMW ou une Mini pour se rendre d'un point A à un point B, donc pour quelques minutes seulement, pour aller boire un verre quelque part et rentrer en tram, pour rentrer avec des courses chez soi, etc. 5€ le quart d'heure environ, ça peut suffire (quand ça roule à Bruxelles).

Un tour avec 'Christian', une Mini DriveNow

On a testé la formule est c'est plutôt efficace: l'application nous conseille 'Christian', le nom donné à la voiture la plus proche de notre position, une Mini située à 9 minutes de marche. Nous la réservons et avons donc 15 minutes pour la trouver. La carte avec notre position et celle de la voiture s'actualise en temps réel, de quoi la localiser précisément. L'application nous dit que la voiture n'a pas de dégât, donc nous faisons le tour avant de commencer la location, au cas où entretemps, un incident serait intervenu.

Le smartphone déverrouille rapidement la voiture quand on le passe près du boitier situé sous le parebrise (le téléphone doit être équipé de la fonction NFC mais il est possible d'utiliser la carte DriveNow), il faut ensuite entrer son code PIN dans l'ordinateur de bord pour pouvoir allumer le moteur.

8 minutes plus tard, on se gare dans une rue à côté des bureaux de RTL House, une zone 'libre' (rue sans horodateur ou qui n'est pas en zone rouge ou orange). On sort de la voiture, on ferme la porte et on reprend son application pour mettre fin à la location. L'application vérifie que la voiture va bien et est bien garée. Coût: 8 x 33 cents = 2,64 euros.

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Dans l'accoudoir, il y a une carte essence Total et une carte pour les parkings Interparking

Et en cas de problème, que se passe-t-il ?

Comme vous l'imaginez, autant Drivy que DriveNow sont couverts par des assurances. Pour inciter les conducteurs à la plus grande prudence, en cas de dégât, il y a cependant une franchise si vous êtes en tort ou s'il n'y a pas de tiers impliqué.

Pour les BMW et Mini pratiquement neuves de DriveNow, la franchise est de 950€, mais elle passe à 500€ si vous mettez un supplément de 1€ par location.

Pour les différentes voitures de Drivy, qui sont couvertes durant la durée de leur location par une assurance distincte de celle du propriétaire, le prix de cette franchise est de 800€, 1.000€ ou 1.500€ selon la catégorie, avec également une possibilité de réduire ce montant en payant un supplément au moment de la location.

Sachez que Drivy et Drivenow contrôlent votre identité avant de vous donner accès à leur service. Votre "dossier", qui comprend l'envoi d'une photo de votre carte d'identité, de votre permis de conduire, est vérifié avant d'être accepté. Et ça peut prendre jusqu'à deux jours. Il faut également une carte de crédit valide. Donc en cas de problème, si vous niez, si vous fuyez… ils savent normalement qui vous êtes, et peuvent déjà se rembourser en partie.

Et si la voiture est sale, s'il y a une griffe ou une petite bosse ?

Concernant Drivy, en cas de petit souci, "il y a un état des lieux et locataire et propriétaire peuvent s'arranger à l'amiable". S'ils ne sont pas d'accord, "on a une équipe sinistres qui prend le relais, et si les dégâts sont importants, l'assurance enverra un expert, et il y aura un devis".

Du côté de DriveNow, l'approche est un peu différente. "Si c'est une petite griffe ou une toute petite bosse, ça n'est pas grave, mais il faut le notifier via l'application. On a un budget de 130€ par mois pour l'entretien et la remise en état". En cas d'accident, le conducteur doit agir comme si c'était sa voiture (constat, etc), le signaler à DriveNow et s'il est en tort, il devra donc payer la franchise. "On encourage le bon comportement, c'est essentiel. On a une politique de tolérance zéro: si on ne prévient pas des dégâts, et qu'ils sont constatés par la prochaine personne qui utilise la voiture, on exclut l'utilisateur et on lui présente la facture…"

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Lors de notre test, nettement plus de choix du côté de DriveNow (dont la carte est pourtant zoomée davantage) que de Drivy

Y a-t-il assez voiture près de chez moi ?

Drivy et DriveNow n'auront du succès que s'il y a assez de voitures à disposition des locataires. Le premier dépend de la bonne volonté des propriétaires et de leur envie de rentabiliser une voiture peu utilisée. "On doit donc communiquer le plus possible, se faire connaître", explique Quentin Lestavel, responsable de Drivy pour la Belgique et la France. Il y a pour l'instant 1.500 voitures réparties dans toute la Belgique dont 350 à Bruxelles, pour plus de 25.000 utilisateurs. Leur localisation n'est pas toujours idéale, car elle dépend des propriétaires. Il y a des zones un plus isolées que d'autres, forcément, même dans la capitale.

Le parc de DriveNow à Bruxelles, lui, dépend des investissements consentis par la société. "5 millions d'euros ont été injectés au départ pour 310 voitures. On a atteint 26.000 clients en 2 ans, c'est bien mais il en faut 60.000 pour être rentable, durable. Notre zone vient de s'étendre de quelques kilomètres carrés vers l'est de la capitale, pour atteindre 65 km² au total", explique Christian Lambert. La localisation des voitures DriveNow est gérée par les utilisateurs qui empruntent la voiture d'un point A à un point B, mais aussi par quelques employés de l'entreprise bavaroise qui déplacent les voitures pour les mettre à des endroits stratégiques (gares, grands parkings, etc).

Conclusion

Comme l'ont répété les responsables de DriveNow et de Drivy que nous avons rencontrés: la mobilité est en pleine révolution, et le marché de l'automobile va être impacté. En attendant la voiture entièrement autonome, le nombre de propriétaires va commencer à baisser, car la manière dont nous utiliserons ce moyen de locomotion va changer.

Les deux entreprises nouvellement implantées en Belgique ont la même philosophie: s'intégrer dans la mobilité urbaine, grand défi pour l'avenir. Les projections des experts avancent "qu'en 2030, 50% de la population habitera dans des villes", tandis que les "zones rurales seront délaissées, car les besoins humains pour l'agriculture seront divisés par 10" à cause de la robotisation des tâches, explique Christian Lambert, patron de DriveNow.

En ville, surtout, la nécessité d'acheter, entretenir et garer une voiture est de plus en plus discutable. Il devient vraiment intéressant, quand on n'en a pas besoin tous les jours, d'en louer une. Déjà en 2018, tandis que les options se multiplient.

Nous avons testé deux options qui s'offrent actuellement à vous: la plus confortable mais la plus chère, c'est DriveNow. Idéale pour les petits trajets, elle est surtout plus pratique car tout est compris dans le prix (environ 30 centimes la minute) et on dépose la voiture n'importe où. Il s'agit de BMW ou de Mini pratiquement neuves appartenant à DriveNow.

L'autre option que nous avons essayée est Drivy. Elle cible les plus grands trajets, et est généralement moins chère mais moins pratique car il faut refaire le plein et rendre la voiture (plus ou moins) là où on l'a déposée, et parfois faire l'état des lieux avec le propriétaire. Durée moyenne: 3 jours lors d'un week-end, pour un prix moyen de 30€ par jour, d'après Drivy. Les voitures appartiennent à des citoyens souhaitant arrondir leurs fins de mois en louant souvent ou occasionnellement leur véhicule.

Mathieu Tamigniau, Margaux Guyot

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