Plongés dans le noir total, ces Belges réalisent de véritables exploits

Avez-vous déjà entendu parler du goalball? Pas vraiment? Et bien, nous allons remédier à ça avec l’aide de Klison, 25 ans et fier joueur de l’équipe nationale belge. Une équipe qui a remporté la médaille de bronze aux championnats du monde.

Fermez les yeux, vous êtes dans le noir total… Pour se repérer, des lignes en relief et le bruit du ballon, mais pas n’importe lequel, un ballon en caoutchouc rigide d’1 kg 250 contenant des clochettes. L’objectif: faire entrer celui-ci dans les cages de l’équipe adverse en la lançant au sol.

C’est le sport exigeant choisi par Klison Mapreni. L’athlète malvoyant de 25 ans est un sportif d’élite. Cela fait 10 ans qu’il pratique le goalball, une discipline extrêmement bien représentée dans le monde mais malheureusement peu connue chez nous. C’est ce qui a poussé Oljan, son petit frère et premier supporter à nous contacter via le bouton orange Alertez-nous. Klison fait partie de l’équipe nationale belge qui s’est récemment illustrée en remportant la médaille de bronze des championnats du monde en Suède "ainsi qu’un ticket direct pour les JO de 2020". "Jamais la Belgique n’avait réalisé un tel résultat", a écrit Oljan.


Sur le même terrain, des joueurs avec ou sans handicap

Le goalball est un sport paralympique, mais pas seulement. A l’exception du niveau international réservé aux déficients visuels, sa particularité est qu’il peut réunir sur un même terrain des joueurs avec ou sans handicap car les athlètes sont mis sur un pied d’égalité en évoluant les yeux bandés.

Comme son petit frère, Klison est né avec une déficience visuelle: "En gros, je vois un dixième de ce qu’une personne ‘normale’ voit". Mais il ne se considère pas pour autant comme une personne handicapée. "Personnellement, quand je me lève le matin, je ne pars pas du principe que j’ai un handicap. Je suis handicapé à travers le regard des autres, peut-être, mais je ne me vois pas comme ça", explique le sportif.

Son handicap visuel, il l’a très vite accepté à l’adolescence, même si cela n’a pas été toujours facile. "A l’heure actuelle, on est quand même assez gâté avec la technologie. On ne souffre pas autant que les gens qui vivaient il y a encore 50 ans. On a des aides pour le travail, pour le transport, des applis… ", détaille le jeune homme positif.

Sa déficience visuelle ne se distingue pas d’emblée, sauf quand il y a beaucoup de soleil. Très sensible à la lumière, il est alors obligé de plisser fortement les yeux. Il doit donc parfois signaler sa condition: "Quand je fais des entretiens d’embauche par exemple, je suis obligé de le dire, car on ne le perçoit pas tout de suite".


De la discrimination positive?

Pourtant, le Bruxellois fait en sorte que son handicap "se voit le moins possible", "car une fois que c’est remarqué, on vous catégorise un petit peu". "Personnellement, je ne trouve pas que le handicap soit une barrière mais je pense que les gens sont encore très marqués par cela".

Il y a des discriminations… Parfois même involontaires. "Souvent les gens ne veulent pas faire mal, mais en pensant aider, ils ne se rendent pas compte qu’en fait ils pointent encore plus la différence".

Et pour sortir de ça? "C’est très particulier comme débat parce que les gens qui sont confrontés régulièrement au handicap ne le remarque plus tellement… En Suède, par exemple, les gens ne font plus trop attention à cela. En Belgique, c’est encore quelque chose qui est exceptionnel… Quand on voit des handicapés à la télévision, ça provoque encore quelque chose et le fait que ça provoque quelque chose montre que ce n’est pas encore intégré dans la société".

Le goalball, Klison l’a découvert à 15 ans lors de son parcours scolaire dans une école spécialisée. Mais sur le terrain, il n’y a ni handicap, ni discrimination, seul compte le sport et un certain sentiment de liberté. "Ça me permet de m’évader au quotidien. Il y a un aspect social très important, à côté de l’aspect physique, qui n’est pas aussi important dans les sports ‘valides’. Depuis presque 8 ans que j’ai intégré l’équipe nationale, le goalball m’a permis de faire des voyages que jamais je n’aurais pu faire autrement. J’ai découvert d’autres cultures, c’est très enrichissant", résume Klison.


© Karl Nilsson


Un sport physique et spectaculaire

Actuellement au chômage, le jeune papa d’un garçon de six mois se consacre quasi exclusivement à la pratique de son sport très physique. Un match de goalball oppose deux équipes de trois joueurs sur un espace de la dimension d’un terrain de volley, soit 9 mètres de large sur 18 mètres de long. Il y a deux fois 12 minutes de jeu, mais un peu comme au basket, le chrono s’arrête chaque fois que le ballon sort du terrain, de sorte qu’un match dure environ une heure quart.

En Belgique, il y a 200 joueurs affiliés dans une quinzaine de clubs. 30 pc des pratiquants sont voyants, ils viennent souvent du volley, du handball ou du foot. La seule différence pour ceux-ci réside dans le fait qu’ils ne peuvent pratiquer au niveau international, car il s’agit d’un sport paralympique.

"Le jeu est agréable à voir car il y a du spectacle. Le ballon a une vitesse de 60,70 km/h. Et la défense doit être rapide pour le bloquer", précise l’entraîneur de l’équipe nationale.

Joueur avant de devenir sélectionneur, Yohan De Rick pratique le goalball depuis 20 ans. Egalement malvoyant de naissance, il adore transmettre sa passion pour le sport, à côté de son métier de professeur de géographie.

Pour être un bon joueur de goalball, il faut évidemment une bonne condition physique afin d’être capable de lancer le ballon avec suffisamment de puissance. Sa pratique requiert également un entraînement spécifique que nous décrit Yohan De Rick: "Il faut s’exercer à lire le trajet d’un ballon car il n’y a pas de points de repères visuels. Il faut aussi être beaucoup plus concentré que lors d’un jeu classique".


"Être jugé sur ses compétences"

Le goalball s’exerce dans une centaine de pays à travers le monde, alors pourquoi n’est-il pas plus connu en Belgique? Ce serait dû à la très faible médiatisation de ce sport, croit savoir Klison. "Quand on parle de sports paralympiques, on pense d’abord aux handicapés moteurs. Et à la télévision, le sport paralympique est représenté comme on le voit le plus souvent dans la rue", estime-t-il.

Avec sa troisième place aux championnats du monde, l’équipe belge de goalball est en train de se forger une belle réputation à l’international. "Ce résultat est vraiment exceptionnel. Mais ce n’est pas non plus un hasard, on a fait beaucoup de progrès au niveau du mental et de la technique", commente Yohan de Rick.

Joueur et entraîneur souhaitent que l’équipe belge continue d’évoluer et aussi qu’on parle plus de leur sport. Plus mais mieux, ajoute Klison qui veut "être jugé sur ses compétences et pas sur son handicap". "Malheureusement, je crois que c’est un rêve inaccessible", conclut le sportif, en espérant à tout prix se tromper.

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Salima Belabbas

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