L'analyse du dossier Proximus par notre spécialiste Bruno Wattenbergh: "Tout le monde savait"

Le licenciement collectif annoncé chez Proximus ne constitue pas une surprise. Face aux contraintes du marché et de son évolution, l'entreprise va probablement agir comme d'autres opérateurs télécom européens au cours des dernières années. L'arrivée possible d'un 4e opérateur en Belgique n'a fait que précipiter les choses.

La grosse restructuration se précise au niveau de Proximus. Le plan de restructuration impliquerait 1.900 licenciements et 1.250 embauches, a indiqué mercredi midi le ministre de l'Emploi Kris Peeters. Des chiffres qui "ne sont pas définitifs", mais qui donne le ton.

De nombreuses questions se posent. Notre spécialiste économique, Bruno Wattenbergh apporte des éléments de réponse.


Comment expliquer cette menace brutale sur 2.000 emplois chez Proximus ?

Par la rupture par le gouvernement du contrat social historique avec Belgacom basé sur la paix sociale. En pratique, gérer Proximus c’est gérer sa schizophrénie en arbitrant entre :
- Cette paix sociale
- Des dividendes pour l’état actionnaire
- Un service universel pour les citoyens / consommateurs.
- Et depuis peu de grands investissements pour soutenir l’économie.


Pourquoi considérer que l’état rompt ce contrat social historique ?

Notamment, mais pas uniquement, parce que l’état souhaite faire venir un 4ème opérateur téléphonique sur le marché. Dogmatiquement c’est défendable : plus de concurrence revient à mettre la pression sur les prix. Tout bénéfice pour ce pouvoir d’achat qui monopolise le débat politique aujourd’hui.

Financièrement pour Proximus, c’est l’arrivée éventuelle d’un opérateur light, avec peu de coûts, susceptibles de casser les prix et de piquer des clients à Proximus, Voo et Telenet.

Et dans le mêmes temps Proximus est sollicité pour contribuer au grand plan d’investissement du gouvernement.

Dès l’annonce de ce 4ème opérateur, Agoria la fédération des entreprises technologiques avait annoncé qu’une telle décision revenait à menacer 6.000 emplois.


Est-ce que l’arrivée de ce 4ème opérateur est crédible ?

Non ! Commercialement, c’est difficile à croire. Techniquement, il y a mieux à faire. Le partage du câble fonctionne déjà mal. Rien que une meilleure ouverture des réseaux mobiles stimulerait la concurrence. Enfin, au niveau des investissements : qui va investir dans le déploiement de la 5G dans un marché qui devient subitement plus concurrentiel, avec des marges qui fondent ? Le consommateur risque d’être bénéficiaire à court terme sur ses tarifs et payer le prix pendant la décennie suivante sur la qualité et se couper de l’innovation.


Est-ce que cette annonce est vraiment une surprise ?

Non ! Hypocrisie : pas de surprise ! Même pour les syndicats. Et il n’est vraiment pas sûr que cette annonce soit liée à l’arrivée potentielle de ce nouvel opérateur.

Tous les opérateurs historiques européens qui ont survécu ont notamment trop de personnel, mais en plus la structure des ressources humaines est en général inadéquate. SFR et Bouygues ont subi les mêmes vagues de licenciements. KPN aux Pays-Bas a encore annoncé en octobre 1.500 licenciements sur 3 ans.

Tout le monde savait que Proximus a trop de personnel ! Tout le monde sait que si on met la pression sur l’entreprise, soit en demandant trop de dividendes, soit en faisant pression sur les tarifs, soit en augmentant les tarifs. et bien la variable d’ajustement c’est le personnel !

Tout le monde sait aussi que Proximus doit massivement investir dans les prochaines années pour ne pas se faire dépasser, ce qui provoquerait alors un vrai bain de sang social. Manifestement, la pression que constitue l’ouverture potentielle à un 4ème opérateur a précipité les choses.


Est-ce que le premier ministre aurait dû être prévenu ?

Je ne le pense pas. Proximus est une société cotée en bourse. Elle doit donc se soumettre à des contraintes très strictes pour éviter le délit d’initié. C’est donc le Conseil d’Administration qui a l’exclusivité de ce type d’annonce et ensuite le conseil d’entreprise. Il y une sorte de confusion, Proximus n’est pas une administration publique.


Est-ce que le gouvernement fédéral aura ses dividendes pour son budget 2019 ?

Oui, l’exercice 2018 est clôturé. Il n’y a pas de raison que les actionnaires ne reçoivent pas leurs dividendes pour 2018. Par contre, s’il devait y avoir une restructuration telle qu’annoncé, il y a peu de chance que l’état puisse compter sur un dividende pour son budget 2020. D’autant plus que l’opérateur historique a pris l’habitude de distribuer la quasi-totalité de ses bénéfices nets en dividende, soit 93%. L’action n’a que très peu progressé ces dernières années, son cours actuel étant inférieur à celui observé avant la crise financière. L’action est aujourd’hui logiquement suspendue.

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