Le combat d'Emmanuel et ses voisins pour être raccordés au gaz de ville: "On nous demande des frais terrifiants!"

Plusieurs habitants d'une rue d'Anderlues souhaitent abandonner le mazout pour le gaz. Mais le raccordement coûte cher, surtout pour une rue étendue avec des maisons 4 façades parfois éloignées les unes des autres. La seule solution réside dans le regroupement d'un nombre suffisant de riverains pour abaisser le prix.

Voilà 2 ans qu'Emmanuel, un habitant de la rue Verte à Anderlues, aimerait se chauffer au gaz dans la maison où il a emménagé en 2014 avec son épouse et sa fille. Il n'est pas le seul dans la rue. "Nous sommes un groupement de voisins et avons tout essayé pour nous faire raccorder au réseau gaz mais visiblement, ni la commune, ni Ores ne veulent entendre raison", se désole le quarantenaire via le bouton orange Alertez-nous. Il ne comprend pas comment ce raccordement peut poser problème étant donné que "le réseau est à 50 mètres", argumente-t-il. Dans la rue voisine, le gaz de ville est en effet installé. Seule une habitation de sa rue peut en bénéficier car proche du réseau voisin. "Nous sommes frustrés car nous sommes dépendants du mazout de chauffage", regrette Emmanuel, conseiller en prévention dans une société d'étanchéité.

La raison ? L'argent. "On nous demande des frais terrifiants en justifiant de la rentabilité", regrette l'homme qui a choisi cette maison, établie au bord d'un champ, pour son calme. Il a effectué quelques travaux pour mettre la maison à son goût mais dans un premier temps. C'est en 2017 qu'il remet en question sa méthode de chauffage, réalisant que les tarifs du gaz sont de plus en plus avantageux que ceux du mazout. Emmanuel s'adresse alors à Ores, l'opérateur des réseaux de distribution de gaz en Wallonie qui lui explique que le gaz ne passe pas dans sa rue et que le raccordement risque d'être compliqué et donc coûteux.

Quelques mois plus tard, un jeune couple s'installe dans la maison voisine et manifeste également son souhait de raccordement au gaz. "Je leur ai expliqué la réponse que m'a donnée Ores et ils ont été surpris, car dans leur habitation précédente, ça n'avait pas posé de problème. À ce moment-là, Ores leur répond que si on est un certain nombre dans la rue, ce serait sans doute possible", se souvient Emmanuel.


"Ils essayent de nous faire payer le réseau"

L'homme tente de réunir suffisamment de voisins pour introduire une demande de raccordement de la rue. Il dépose des documents dans les boîtes aux lettre et parvient à réunir cinq voisins. Malgré cette requête groupée, le raccordement au gaz reste trop cher. Environ 2.000 euros par famille sont nécessaires pour les travaux, ceci sans compter les frais d'installation propres à chaque maison. Trop pour certains habitants. Emmanuel rumine et accuse : "Ores veut nous faire payer l'ouverture de la rue complète pour poser la conduite principale. Ils essayent de nous faire payer le réseau pour nous décourager." Et il surenchérit : "La Région wallonne est actionnaire d'Ores à 43%. Moi je paye mes impôts et je demande un service et je ne l'ai pas."


Le soutien de la commune

La commune a tenté de soutenir l'action des riverains de la rue Verte. "Nous avons contacté l'ensemble des riverains pour rassembler un maximum de manifestations d'intérêt et les transmettre à Ores. Fin octobre 2018, ils étaient 7 riverains intéressés. Ores a alors calculé la rentabilité et la faisabilité du raccordement mais ce n'était toujours pas possible." Mi-mars, les autorités locales lancent un nouvel appel pour tenter de réunir davantage de riverains et atteindre le seuil de rentabilité pour l'extension du réseau. Mais seuls 2 habitants de la rue s'ajoutent à la requête. Encore et toujours insuffisant.

Pour bien comprendre pourquoi cela coince au niveau d'Ores, il faut visionner le plan de la rue : elle est en "U couché" et plutôt longue avec une quarantaine d'habitations. Les riverains intéressés ne sont pas tous voisins, mais, au contraire, plutôt éparpillés. De plus, les maisons sont parfois assez espacées.

plan-rue-verte-anderlues
©Google Maps


"Si tous les demandeurs étaient côte à côte, ce serait plus simple"

"Le fait qu'ils soient 'étalés' fait que l'extension du réseau est plus longue, nous explique Philippe Floren, directeur d'Ores Mons-La Louvière. Si tous les demandeurs étaient côté à côte, ce serait plus simple. Quand les maisons sont fort proches, comme dans une rue de ville ou de village avec des maisons ouvrières mitoyennes par exemple, c'est plus simple et moins coûteux. Ici, on est sur du résidentiel avec des maisons 4 façades, donc il faut compter 10 à 15 mètres pour chaque raccordement."

Ores n'est pas resté inactif et a accompli plusieurs calculs : "Nous avons procédé à plusieurs simulations de coût, dans le but précisément d’optimiser les demandes et de réduire au maximum le coût à supporter par les demandeurs, nous explique le responsable de la communication chez Ores, Jean-Michel Brebant. À l’heure actuelle, quel que soit le calcul, nous sortons toujours des limites qui permettraient  la prise en charge complète par Ores de cette extension. Même en regroupant les demandes par 'zone d’implantation des demandeurs' (par groupes de 3 voire 4 demandes selon leur situation, NDLR), nos services arrivent à des résultats toujours supérieurs à la limite de prise en charge par Ores."

Dans l'une des simulations effectuées par le gestionnaire de réseaux de distribution, en raccordant 3 riverains côté nord de la rue Verte, la limite est dépassée de plus de 7.000 euros. Et dans l'autre cas, en regroupant 4 voisins dans la partie sud de la rue (comprenant Emmanuel), la limite est dépassée de plus de 12.000 euros. En cas de pose d'une conduite sur toute la longueur de la rue, les coûts de dépassement seraient encore plus élevés.  

"On ne fait pas ce qu'on veut, précise Jean-Marie Brebant. On est tenu de respecter les critères d'efficacité imposé par la CWaPE pour couvrir la rentabilité de l'extension".


Comment expliquer des coûts si élevés ?

Comme nous l'avons déjà évoqué, l'implantation des maisons de ce quartier complique la donne. Mais ce n'est pas la seule raison de ce coût particulièrement élevé. Une extension implique non seulement de nouvelles conduites mais aussi des équipements nécessaires à la gestion de cette nouvelle partie de réseau : cabine de distribution, vannes, branchements, etc.

"Pour déterminer le coût total de cette extension, conformément à la réglementation et aux tarifs fixés par le régulateur wallon (la CWaPE, commission wallonne pour l'énergie, NDLR), les différents éléments de prix (matériaux, travaux d’excavation, prix horaire entrepreneurs, etc.) sont intégrés dans une formule standard. Le calcul détermine si le coût de l’extension peut être supporté totalement via les tarifs de distribution et, en cas de dépassement de la limite fixée, la partie qui doit être éventuellement portée à charge du/des demandeurs", précise le responsable de la communication d'Ores.  


Bien comprendre le "calcul de rentabilité"

En fait, c'est un "calcul de rentabilité" qui doit être effectué. Il est encadré par la législation et est essentiel pour ne pas faire supporter les coût d'extension à la collectivité.

Philippe Floren, le directeur d'Ores Mons La Louvière, précise comment est effectué ce calcul. "Nous devons réaliser une étude qui intègre un certain nombre de paramètres : le coût des travaux à effectuer (pose de la conduite principale dans le trottoir + réalisation des raccordements), le nombre de demandeurs effectifs, et le nombre de demandeurs potentiels (habitations ou terrains à bâtir se trouvant tout au long du tracé de l’extension). Sur la base de ces données, nous réalisons, à l’aide d’une formule spécifique approuvée par le régulateur, le calcul qui permet de déterminer le montant global que nous pouvons engager/investir pour raccorder ces différents clients en tant que gestionnaire de réseau, dans les limites des moyens mis à notre disposition au travers des tarifs de distribution".

Si le coût est "rentable" par rapport aux tarifs payés par la communauté des clients, Ores réalise les travaux sans intervention financière des clients demandeurs. Et si ce n'est pas le cas, une offre de prix est envoyée aux demandeurs. Par exemple, dans un des cas abordés ici : 7.000€ à diviser par les 3 clients intéressés.

"Il doit être pris en charge par les demandeurs. Dans le cas contraire, il impacterait à la hausse le tarif global appliqué à l’ensemble des clients du réseau gaz du secteur concerné, en l'occurrence le Hainaut pour le cas présent", ajoute Philippe Floren.


La commune et Ores comprennent la volonté des riverains

La commune d'Anderlues s'est dite prête à continuer à chercher des riverains qui seraient partants pour une installation du gaz de ville : "On comprend la frustration des demandeurs. Quand c'est arrivé à la commune, on trouvait que c'était une bonne initiative, notamment d'un point de vue environnemental. Si on doit à nouveau sensibiliser, on le fera, c'est une mission de service public."

Le directeur d'Ores Mons-La Louvière est prêt lui aussi dépêcher un agent sur place pour tenter de voir si d'autres riverains auraient intérêt à se joindre à cette action mais même avec un plus grand nombre de demandeurs, cela aura toujours un coût vu la topologie des lieux.

"C'est un cas fréquent malheureusement, car on préférerait pouvoir amener le gaz chez tout le monde, déclare Philippe Floren. Mais le calcul dit de rentabilité est fait ainsi et on doit le respecter".

Même dans les nouveaux lotissements où des habitations 4 façades son construites sur des terrains spacieux, le problème se pose, nous explique encore Philippe Floren. Dans certains nouveaux quartiers, il arrive cependant que les communes imposent aux lotisseurs de prévoir l'arrivée du gaz de ville. Mais généralement, dans ce cas-là, les coûts d'installation sont répercutés sur le prix de vente de la maison.

Gwendeline Delieux

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