Fusillade à Tiège en 2018: Richard, l'un des policiers sur place, témoigne de son calvaire

Témoignage exclusif RTL Info, celui de l'un des policiers qui se trouvaient à Tiège lors de la fusillade du 14 octobre 2018. Il a accepté de revenir sur cette soirée qui l'a marqué à vie.

"Je vais bien, sans aller bien. Même s'il n'y a pas de blessures physiques, il y a des blessures morales." Le 14 octobre 2018, Richard et sa collègue prennent leur service à 22 heures. La soirée s'annonce banale mais un message radio va tout changer. Une camionnette tente d'échapper à une patrouille. L'inspecteur Richard raconte: "Dans les secondes qui vont suivre, les mêmes collègues vont annoncer à la radio 'on nous canarde, on nous tire dessus' (…) Des collègues viennent me dire 'je suis en danger' et donc vous faites tout pour aller leur porter secours."

"S'ils ouvrent le feu, ce sera surement pour vous"

Une course poursuite est lancée. Très vite, les fuyards sont coincés à une sortie d'autoroute. Ils ouvrent le feu. L'inspecteur Richard entend les projectiles siffler. Mais une image reste gravée à jamais: "Le visage de ma collègue. Elle est touchée, elle est à terre. Elle me dit qu'elle souffre." Comme la zone n'est pas sécurisée, aucun médecin ne peut venir les aider. "Vous entendez aussi au niveau des communications radio qu'on va couper la lumière du tronçon d'autoroute là où vous êtes, pour ne pas servir de cible." A ce moment-là, Richard sait qu'il est en danger. "Il y a un sentiment de peur est d'impuissance, car s'ils ouvrent le feu, ce sera surement pour vous."

La réalité est que ces gens sortent tous les jours de chez eux en se demandant ce qui peut se passer

Un an après les faits, un procès a débuté. Mais Richard ne souhaite pas se trouver dans la même salle que l'homme qui lui a tiré dessus à la kalachnikov. Pourtant, il a deux questions assez simples: "Quelles valeurs donnez-vous à la société dans laquelle vos enfants, peut-être vos petits-enfants, vont vivre? Quand vous avez répondu à cette question, vous êtes prêt à répondre à la deuxième question: 'Quelles valeurs donnez-vous à ceux qui défendent cette société?' " Ces interrogations, d'autres policiers se les posent aussi. Alexandre Wilmotte est avocat: "La réalité est que ces gens sortent tous les jours de chez eux en se demandant ce qui peut se passer. Ils doivent être prêts."

Aujourd'hui Richard continue de faire son travail, mais rien ne sera plus comme avant: "C'est un claquement de doigts qui change votre vie. Vous le faites encore avec plus d'attention, tout en sachant, peut-être, si une attaque doit survenir, elle viendra peut-être d'un côté duquel vous n'avez pas du tout imaginé."

Rappel des faits

Le 14 octobre 2018, peu après 01h00 du matin, une patrouille de la zone Vesdre avait pris en chasse un Mercedes Vito volé qui avait démarré en trombe dans les rues de Dison. Le conducteur avait alors poursuivi sa route sur la E42 en direction de l'Allemagne décidant de quitter l'autoroute à hauteur de la sortie Spa. Mais, le véhicule était tombé sur un contrôle en cours au rond-point de Tiège (Jalhay).Le conducteur avait alors fait demi-tour sur l'autoroute avant que ses occupants n'ouvrent le feu sur la patrouille de police qui les avait pris en chasse. Un des policiers avait été touché à la tête alors que sa coéquipière avait pris une balle dans la jambe. Lors de la riposte, les agents avaient touché un des malfrats. L'enquête avait rapidement permis d'interpeller trois individus. Un quatrième homme connu pour faits de grand banditisme, avait été identifié et un mandat d'arrêt européen avait été décerné à son encontre. Il avait été interpellé en Bosnie-Herzégovine le 12 novembre dernier et extradé. Les quatre suspects encourent jusqu'à 20 ans de prison.

Antoine Schuurwegen, Regjep Ahmetaj, Véronique Forest

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