"Goulag, une histoire soviétique", panorama glaçant d'une machine à broyer les hommes

"Goulag, une histoire soviétique", panorama glaçant d'une machine à broyer les hommes
"Goulag, une histoire soviétique", panorama glaçant d'une machine à broyer les hommes

C'était un système concentrationnaire d'une ampleur sans précédent, qui a réduit des millions d'hommes et de femmes à l'état d'"insectes" : dans le documentaire "Goulag, une histoire soviétique", Patrick Rotman dresse un panorama glaçant de cette "industrie pénitentiaire" qui a joué un rôle central dans l'ex-URSS.

Présenté en compétition au festival documentaire Fipadoc, qui s'achève samedi à Biarritz, et programmé le 11 février sur la chaîne franco-allemande Arte, cette série documentaire raconte en trois épisodes de 52 minutes la formation, l'apogée puis le démantèlement de ce régime implacable, qui servait à la fois de machine à broyer les opposants et de moteur de l'économie soviétique, via le recours au travail forcé à très grande échelle.

Un travail qui a pris deux ans, a expliqué à l'AFP Patrick Rotman, qui s'intéresse depuis toujours à l'histoire du communisme et de l'URSS, et qui s'est vu proposer ce projet par deux grands spécialistes du sujet, Nicolas Werth et François Aymé, coauteurs avec lui de ce documentaire.

"L'ambition, c'était de faire ce qui, je crois, n'existait pas encore: une histoire totale et globale du goulag, de ses origines en 1918, bien avant que le mot goulag soit inventé dans les années 30, jusqu'au démantèlement à la fin des années 50", dit-il.

Loin d'être une simple excroissance du régime, le goulag en était un rouage essentiel, servant d'outil de répression politique et de moteur du développement économique.

- "Regards désespérés" -

"Il y a la fonction répressive de mise à l'écart des +ennemis du peuple+, l'éloignement, l'ostracisme", nourrie par des vagues d'arrestations (religieux, koulaks, "traîtres" condamnés lors des grandes purges staliniennes; puis, après guerre, les minorités issues des territoires libérés de l'occupation allemande, soupçonnés de complicité avec les nazis...), rappelle Patrick Rotman.

"Mais il y a aussi la fonction économique qui est absolument prépondérante: c'est de fournir une main-d'oeuvre esclavagisée, gratuite et évidemment inépuisable, qu'on peut renouveler tout le temps pour la construction des grands travaux (canaux, voies de chemin de fer...), ou l'exploitation des gisements d'or de la Kolyma (région d'extrême-orient grande comme trois fois la France) qui ont contribué de manière décisive à la construction du socialisme", détaille-t-il.

L'équipe du réalisateur s'est appuyée sur des sources très variées, notamment des archives des actualités soviétiques et des films de propagande tournés dans les années 1920 par le régime pour tenter d'étouffer les premiers témoignages publiés en Occident. Mais même si ces films voulaient vanter la rééducation par le travail, "on voit bien sur les visages de marbre des détenus, et dans leur regards désespérés, la réalité de ce qu'ils subissent", estime le réalisateur.

Et, en plus de dessins et photographies officielles ou clandestines, pour beaucoup inédits, le documentaire s'appuie sur une trentaine de témoignages, issus essentiellement du travail de collecte effectué auprès des survivants ou de leurs descendants par l'association russe Memorial.

- "A fleur de peau" -

Des témoignages qui rendent compte des conditions de vie terribles des prisonniers, surnommés les "zeks", et en particulier des femmes, "bétail humain" pour les gardiens, ainsi que des enfants qui ont eu le malheur de naître ou d'être entraînés dans ce cauchemar.

"Nous vivions comme des bêtes sauvages, des insectes", témoigne un ancien zek.

"La civilisation s'arrête aux portes du camp", écrira l'écrivain Julius Margolin, l'un des auteurs qui ont décrit la vie au goulag, avec Alexandre Soljenytsine ("L'archipel du goulag") et Varlam Chalamov ("Les récits de la Kolyma").

Ce documentaire a été réalisé malgré un climat d'hostilité du côté des autorités russes, qui n'apprécient guère qu'on vienne rappeler ces heures sombres du passé soviétique.

"Le régime actuel fait tout pour qu'on ne parle pas du goulag", affirme Patrick Rotman, qui précise que dès leur premier voyage de repérage en Sibérie, Nicolas Werth et le photographe polonais qui l'accompagnait, Tomasz Kisny, ont été interceptés et congédiés par le FSB (service secret fédéral).

"C'est un passé enterré, une histoire souterraine, mais à fleur de peau", et qui ne demandait qu'à ressurgir, juge cependant le documentariste, rappelant qu'au total, "un adulte sur six a été au goulag, soit 20 millions de personnes, plus les 5 à 6 millions qui ont été déportés dans les +villages de peuplement+", ces sites construits autour du système concentrationnaire.

AFP

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