Une caravane à la Côte est le seul loisir de Frédéric et sa famille mais ils ne peuvent pas en profiter: "Une injustice!"

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Frédéric, son épouse et leurs deux fils de 17 et 13 ans vivent dans un immeuble à appartements de Charleroi. Depuis la mi-mars, la famille dit respecter le confinement à la lettre: notre témoin et son fils sont asthmatiques et veulent à tout prix se protéger du coronavirus. Mais sans balcon, sans jardin, sans voiture et sans lieu de promenade dans leur quartier… le confinement se fait long, très long.

Mais ce qui fait le plus mal à Frédéric, c'est qu'ils utilisent leurs économies pour payer leur caravane à la Côte. Alors chaque jour, notre témoin imagine ce confinement que lui, son épouse et leurs enfants pourraient vivre dans leur seconde résidence: petit jardin, promenades, balades en vélo, l'air frais venu de la Mer…

En avril, l'espoir renaît: la Première ministre annonce qu'il devrait être à nouveau possible de se rendre dans sa résidence secondaire lors de l'étape 2 du déconfinement. Cette étape, nous venons de l'atteindre ce lundi 18 mai. Mais pour Frédéric, c'est la douche froide: l'interdiction n'est pas levée.

Alors Frédéric a appuyé sur notre bouton orange Alertez-nous pour nous expliquer, point par point, pourquoi il juge la situation injuste. "Faire mes courses dans mon magasin de quartier ou à Bredene avec mon masque... Qu'est-ce que cela change? Je ne suis pas un ignare, j'ai compris la façon dont se répand l'épidémie!", nous écrit-il.

Et à la Côte, les communes sont-elles prêtes à recevoir les résidents en toute sécurité? Quand la petite famille pourra-t-elle profiter à nouveau de son coin de paradis? C'est aussi ce que nous allons voir.

Chaque année on doit payer la location de la parcelle et la taxe communale. C'est 1.659 euros par an

Cette caravane à Vosseslag, entre Bredene et Le Coq, c'est le bol d'air de Frédéric et sa petite famille. Un bol d'air qui a coût. "On avait mis de l'argent de côté pour se l'offrir il y a trois ans. Chaque année on doit payer la location de la parcelle et la taxe communale. C'est 1.659 euros par an. En sachant qu'on ne peut y aller que du 15 mars au 15 octobre, car l'eau est coupée le reste du temps", nous explique le Carolo. "C'est un sacrifice pour nous: le reste de l'année on ne fait pas de fast-food, pas de théâtre, pas de cinéma, pas de restaurants".

Frédéric décrit cette seconde résidence comme leur "seule sortie plaisir". "Nos enfants sont souvent sur l'ordinateur ou leur téléphone et ne sortent pas tellement. La seule fois où ils se dépensent, c'est au camping. Le plus grand, on ne le voit pas de la journée: il déjeune et puis il part à vélo faire un tour, jouer au foot, etc.", confie le père.

Je l'avoue, à 51 ans, j'ai pleuré de na pas revoir plus tôt ma caravane

Lorsque le coronavirus a fait son apparition en Belgique et que les autorités ont imposé le confinement, la famille a dû se résigner à prendre son mal en patience. Mais le déconfinement a débuté le 4 mai dernier. Et à chaque communication des autorités, les espoirs de Frédéric sont balayés: les industries rouvrent, les commerces rouvrent, les visites de 4 proches sont autorisées… Mais rien sur les secondes résidences.

"Le confinement, on peut comprendre. On est des gens intelligents, on a compris le risque. Mais là où je n'ai pas compris, c'est lorsque la Première ministre a annoncé la réouverture des magasins. Elle a dit que c'était un contrat de confiance entre les citoyens et les autorités. Ce que je vois, c'est que moi on ne me fait pas confiance pour rester confiné dans ma caravane", s'exprime Frédéric.

Amer, notre témoin poursuit. "Je prends plus de risques à rester ici qu'à la caravane. Dans notre immeuble, il y a deux personnes qui ont été hospitalisées pour soupçons de covid-19. Et rien n'a été nettoyé: ascenseurs, escaliers, portes, boites aux lettres… Rien", déplore l'habitant de Charleroi. "Et même ici dans la commune, je peux vous assurer que le confinement n'est pas respecté du tout! Alors je trouve ça injuste de ne pas pouvoir passer le confinement dans notre caravane".

Mais les mesures de sécurité seraient-elles respectées dans un camping, un lieu où la convivialité règne souvent? Notre témoin assure que oui. "Avec les voisins là-bas, on est tous d'accord de ne pas se rencontrer. Et de toute façon, la police pourrait facilement vérifier si on respecte ou non la distanciation. La surveillance serait même beaucoup plus facile que pour un immeuble", affirme Frédéric.

Ce que souhaite notre témoin, explique-t-il, ce n'est pas passer des vacances, mais simplement profiter de sa résidence, l'entretenir et prendre l'air. Et alors que le pays vient de passer à la phase 2 du déconfinement, Frédéric fait les comptes: "Nous avons engagé une somme qui ne nous sera pas déduite l'année prochaine et vous l'aurez compris: c'est financièrement et humainement compliqué. Alors oui, je l'avoue, à 51 ans, j'ai pleuré de na pas revoir plus tôt ma caravane".

Un propriétaire d’une résidence secondaire attaque l’Etat en justice

Frédéric n'est pas le seul à déplorer la situation. Via notre bouton orange Alertez-nous, nous avons reçu de nombreux messages. "Je possède une caravane résidentielle à Bastogne. Suite aux pluies de l'hiver il y a des infiltrations et j'ai peur des dégâts à venir si je ne vais pas faire les travaux. En plus j'ai la marchandise depuis le 6 mars!", déplore Daniel, habitant de La Bruyère. Cas similaire pour Valérie: "Nous avons une caravane à Hastière et on doit faire des travaux, terrasse, parquet, peinture… Quand pourrons-nous y aller?".

Un propriétaire de résidence secondaire a même envoyé un huissier le mardi 12 mai au cabinet du ministre de l'Intérieur pour lui amener une citation à comparaître. Le propriétaire réclame 50 euros par jour à l'Etat, car les mesures prises pour endiguer la propagation du nouveau coronavirus l'empêche de se rendre dans sa résidence de la Côte pour y passer le confinement.

Le propriétaire, qui veut rester anonyme, affirme que son droit à la propriété a été violé et estime donc qu'il doit obtenir compensation. L'affaire sera traitée par le tribunal civil de première instance de Bruxelles. "Personne ne remet en question la nécessité des mesures. Mais si de telles mesures sont prises, elles doivent l'être dans le cadre légal existant", défend l'avocat du propriétaire.

Mais pourquoi rouvrir les commerces et les centres commerciaux, par définition des lieux de rencontre, et maintenir l'interdiction d'aller dans sa résidence secondaire? Voyons les explications avancées.

Eviter la mixité entre personnes de différentes catégories d’âge et entre personnes qui ne se fréquentent pas habituellement

Suite au témoignage de Frédéric, nous avons vérifié et effectivement, il est toujours interdit de se rendre dans sa résidence secondaire, que ce soit à la Côte, en Ardenne ou ailleurs. "La mise en place des mesures de distance sociale vise à éviter la mixité entre personnes de différentes catégories d’âge et entre personnes qui ne se fréquentent pas habituellement", explique le centre de crise. "D’autre part, pour éviter que les établissements de santé de ces régions ne soient surchargés".

Il y a quelques jours, les autorités avaient expliqué à notre journaliste Amélie Schildt que le groupe d'experts n'avait pas donné son autorisation pour le retour dans les résidences secondaire le 18 mai, comme c'était envisagé au départ. Que le choix et la priorité avait été donnés à d'autres sujets, comme les retrouvailles avec quatre proches.

Et lorsque nous demandons si la situation pourrait changer, on nous rétorque que c'est le Conseil national de sécurité qui décide en coordination avec les experts. On nous explique également que les mesures sont prises au fur et à mesure et qu'il n'est donc pas possible d'apporter une réponse pour l'instant.

Des exceptions à l'interdiction

On l'a compris, l'interdiction d'aller dans sa seconde résidence est la règle. Mais d'après le site www.info-coronavirus.be, des exceptions existent cependant. Les voici:

  • Les personnes qui sont officiellement inscrites dans le logement de vacances ou de week-end où elles se trouvent (indépendamment qu’elles aient un droit de résidence ou non).
  • Les personnes qui ont une adresse de référence et ne sont pas légalement enregistrées ailleurs (habitants de caravanes, personnes sans domicile fixe faute de moyens de subsistance suffisants).
  • Les Belges qui résident légalement à l’étranger, qui sont rentrés en Belgique, mais ne sont pas (encore) enregistrés ailleurs et demeurent actuellement dans un mobile-home ou une caravane.
  • Les personnes enregistrées en Belgique qui sont temporairement dans l’impossibilité de séjourner dans le lieu où elles sont enregistrées en raison, par exemple, de travaux de rénovation de leur résidence ou d’un membre de leur famille en quarantaine dans la résidence (ceci doit être prouvé par un certificat médical).
  • Les étrangers qui ont séjourné dans une zone de loisirs avant l’introduction des mesures et qui sont manifestement dans l’impossibilité de retourner dans leur pays, et tant que subsiste cette impossibilité. Ils restent tenus de retourner dans les plus brefs délais dans le pays où ils résident légalement et/ou dans le pays dont ils ont la nationalité.

Les communes de la Côte ont préparé un plan

Enfin, les communes de la Côte sont-elles prêtes à accueillir en toute sécurité des résidents? C'est en tout cas ce qu'affirment les bourgmestres. Le gouverneur de Flandre occidentale a indiqué, il y a quelques jours, que les bourgmestres s'étaient réunis et avaient choisi un retour progressif du tourisme. Ils ont décidé d'autoriser précisément les résidents secondaires dans un premier temps. Ensuite viendra le tour des locataires d'appartements et enfin les touristes d'un jour.

Un cadre général a été établi pour toutes les communes concernées, mais des mesures locales peuvent être prises. Ce cadre comprend les points suivants: un plan de circulation pour les voitures et les personnes, un plan "plage" axé sur l'accès à celle-ci, les zones de baignade surveillées (à partir du 27 juin) et un plan de circulation et des terrasses pour la digue, les rues commerçantes et d'autres espaces publics. Chaque commune pourra adapter les consignes en fonction du nombre de visiteurs. "Il est important que nous puissions cartographier en permanence le nombre de personnes. C'est la seule façon d'intervenir si nécessaire", a indiqué Carl Decaluwé, le gouverneur de la province.

Par ailleurs, la Côte a besoin de 140 policiers supplémentaires pour la bonne exécution de ces plans. Quarante d'entre eux viendront d'un peloton de solidarité de la Flandre occidentale et 100 autres policiers seront puisés dans la réserve fédérale.

En attendant de pouvoir enfin retrouver son coin de paradis, Frédéric et les siens devront faire preuve de patience. La prochaine échéance est fixée au 8 juin. "J'espère que de bonnes nouvelles nous viendront!", conclut notre témoin.

David Fourmanois

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