Les piscines ont rouvert mais pas les spas privés: Muriel, patronne de deux établissements, ne comprend pas

Les piscines ont rouvert mais pas les spas privés: Muriel, patronne de deux établissements, ne comprend pas

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Les assouplissements des règles sanitaires annoncées par le gouvernement sont parfois accueillies avec beaucoup d'incompréhension. C'est le cas pour Muriel Sandri. Propriétaire d'un centre de bien-être privatisé, elle estime injuste l'interdiction de reprendre son activité alors que les piscines rouvrent leurs portes. Appuyée par un avocat, elle s'est jointe à 22 autres centres pour mettre en demeure le gouvernement.

La seconde vague de l'épidémie de coronavirus en Belgique plonge à nouveau de nombreux secteurs dans l'incertitude cet automne. Commerçants, artisans, acteurs de la culture, de l'événementiel, du loisir… De nombreux indépendants et employés restent suspendus à l'évolution des chiffres et aux décisions des autorités.

Lorsque les annonces du gouvernement arrivent enfin, elles sont souvent suivies d'interrogations et d'incompréhension. Via notre bouton orange Alertez-nous, Muriel Sandri, vice-présidente de la fédération SpaBelgium, s'indigne. Cette fédération qui réunit 23 propriétaires de centres de bien-être privés vient de voir le jour : "On en avait plus que marre que la différence ne soit pas faite entre les publics et nous", justifie Muriel. Comme ses collègues, elle vit l'interdiction de reprendre son activité comme une injustice. La fédération a donc décidé de faire appel à un avocat afin de mettre en demeure le gouvernement fédéral.

Heureusement que j'ai travaillé toute ma vie et que j'avais quelques réserves, sinon c'est compliqué

Son établissement à l'arrêt total depuis le 28 octobre, Muriel voit ses factures s'accumuler. Avec des piscines et deux espaces comportant chacun spas, hammams, saunas, l'établissement à proximité de Bruxelles demande beaucoup d'entretien. "On a dû arrêter le chlorage, les filtrations, on a diminué l'eau des piscines de moitié", tout cela pour tenter de diminuer au maximum la consommation d'électricité qui ampute malgré tout 2500 euros chaque mois au budget de Muriel.

Sans entrée d'argent ou presque (elle s'est vue octroyer le droit passerelle en octobre), toutes les ressources sont englouties dans le simple besoin de maintenir l'établissement à flot. Le projet d'un troisième centre devait voir le jour pour la saint-Valentin en février, il est désormais plus qu'incertain. "J'ai 55 ans, heureusement que j'ai travaillé toute ma vie et que j'avais quelques réserves, sinon c'est compliqué. Je suis en train de voir mon compte bancaire qui diminue, qui diminue", nous confie Muriel, désabusée.

Piscines ouvertes, spas fermés

Alors, le 27 novembre, quand le comité de concertation se réunit après des semaines d'amélioration de la situation épidémiologique, elle suit avec attention la conférence de presse. Le gouvernement annonce dans un communiqué que les piscines peuvent ouvrir "conformément au protocole de leur secteur". Muriel le vit d'abord comme un soulagement, elle pense pouvoir rouvrir son centre de bien-être. Les 10 employés jusqu'alors au chômage, sont rappelés pour remettre toute la machine en route et se préparer rapidement à une réouverture le lundi suivant. Relancer de telles infrastructures demande du travail : "Les magasins n'ont qu'à rouvrir leur rideau et vendre leur marchandise, nous on a beaucoup de soucis, il y a des problèmes techniques", assure la propriétaire.

Finalement c'est la douche froide. Le décret signé le 28 novembre précise que "les établissements ou les parties des établissements relevant des secteurs culturel, festif, sportif, récréatif et événementiel sont fermés au public". Cette décision implique le maintien de la fermeture des "centres de bien-être, en ce compris notamment les saunas, les bancs solaires, les jacuzzis, les cabines de vapeur et les hammams". Pourtant quelques alinéas plus bas, le document officiel autorise bien par dérogation la réouverture des "piscines, à l'exclusion des parties récréatives et des piscines subtropicales."

Comme à l'issue du premier confinement, Muriel s'estime une nouvelle fois flouée. Au début de l'été, elle n'avait pas compris que son espace ne puisse rouvrir qu'à partir du 1er juillet, soit 3 semaines après l'industrie hôtelière et 6 semaines après les métiers dits de contact. Elle assure que son établissement est un endroit sûr où le risque d'être exposé au virus est minime.

Pas de contact avec d'autres personnes, c'est toujours une seule bulle dans notre espace

En effet, des règles strictes devaient être respectées pour pouvoir accueillir des clients en juillet, août et septembre. "Désinfection des eaux, du jacuzzi, du sauna, des douches, les essuies sont mis dans un sac plastique et envoyés à la fin de la journée au nettoyage dans des firmes spécialisées", toutes les précautions sont prises pour assurer une grande sécurité sanitaire, assure Muriel.

Au-delà de ces mesures, Muriel et les 20 autres établissements avec lesquels elle a décidé de se regrouper, mettent en avant leur statut. Ils sont des centres de bien-être privé. Les centres publics sont "des grands espaces qui peuvent accueillir énormément de monde à la fois". Ce n'est pas le cas du centre privé de Muriel : "Quand vous venez par exemple avec votre conjoint ou conjointe, on vous donne la clé d'un espace privé avec une piscine, un sauna, un hammam, mais rien que pour vous". "Il n'y a jamais de possibilité de contact avec d'autres personnes, c'est toujours une seule bulle dans notre espace", insiste-t-elle.

Incohérences entre établissements et entre pays

Par conséquent, la fédération SpaBelgium qui représente ces centres privés et dont Muriel est la vice-présidente a envoyé une lettre au gouvernement par l'intermédiaire de son avocat. Ce dernier estime que la mesure de fermeture de ces établissements les "affecte illégalement". "Les mesures prises ne tiennent aucunement compte de la distinction entre les centres de bien-être et les saunas publics, d'une part, et les opérations privées d'autre part", souligne-t-il.

La lettre met également en avant plusieurs documents scientifiques. Une "fact sheet" de 48 pages publiée le 21 septembre et régulièrement mise à jour par l'Institut de santé publique Sciensano vise à "synthétiser et interpréter des informations clés" émises par plus de "45.000 articles scientifiques au sujet du Covid-19". Ce document précise "comme les autres coronavirus, le SARS-CoV-2 peut être efficacement inactivé par les désinfectants courants, notamment le désinfectant chloré". Le porte-parole interfédéral de la lutte contre le coronavirus Yves Van Laethem avait notamment fait part de cet argument l'été dernier pour rassurer quant à la réouverture des piscines. "Le chlore inactive le virus", avait-il affirmé.

On perd totalement notre clientèle

Le document de 10 pages adressés au Premier ministre conclut : "Nous devons mettre à nouveau vous mettre en demeure de prendre à chaque fois les mesures appropriées et nécessaires pour permettre à nos clients de reprendre leurs activités et opérations". Une première sur base de constats similaires avait déjà été adressé au gouvernement en mai lors du premier confinement, "le gouvernement n'a même pas la courtoisie de réagir et reste donc en défaut", constate SpaBelgium dans un communiqué. "Les propriétaires ne voient pas d'autre option que de procéder à une citation à comparaître devant le Tribunal de première instance. En outre, ils ont introduit un recours en annulation devant le Conseil d'État", poursuit le document.

L'absence de coordination avec les voisins directs de la Belgique concentre aussi la colère des propriétaires de centre de bien-être. En attendant une hypothétique réouverture, Muriel assiste impuissante à la fuite de ses clients qui constitue un important manque à gagner. "On perd totalement notre clientèle. Je reçois tous les jours des vidéos de personnes à l'étranger me disant 'comment est-ce possible qu'en Belgique vous soyez fermés alors qu'on va dans des saunas aussi bien privés que publics au Luxembourg, en Hollande…'".

En effet, chez nos voisins néerlandais, les centres de bien-être reste ouvert. "Les gens ont besoin de changer d'air, de se relaxer. Si on interdit les spas privés, toutes les relaxations possibles, que font les gens ? Ils vont se balader à la rue Neuve", conclut Muriel.

Valentin Danré

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