Confinement des jeunes: Victoria, étudiante de 18 ans, partage son "manque de contact social" dans une lettre poignante

Confinement des jeunes: Victoria, étudiante de 18 ans, partage son "manque de contact social" dans une lettre poignante

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Victoria, une étudiante de 18 ans fraîchement admise à l'université libre de Bruxelles (ULB) en psychologie, partage sa souffrance liée à l'isolement qu'elle et tous les étudiants subissent. Via un texte poignant massivement partagé sur Facebook, la jeune étudiante lance un véritable cri de détresse.

"Il faut commencer à prendre les étudiants en considération. On est laissés de côté", dit Victoria, une étudiante de 18 ans première année de psychologie à l'Université Libre de Bruxelles (ULB). Sa maman a jugé nécessaire et primordial de mettre en lumière le mal-être de sa fille. Via le bouton orange Alertez-nous, elle nous a partagé un texte écrit et publié par sa fille sur Facebook: "Il faut écouter ces jeunes sacrifiés et surtout leur donner une tribune pour qu’on écoute leur souffrance. Merci pour elle. Pour eux", introduit sa maman qui se sent "très impuissante voire démunie lorsque ma fille exprime ce genre d'émotions."

"Je l'ai rédigé sur un coup de tête après une énième crise d'angoisse et de sanglots inarrêtables", confie l'étudiante. "Je venais de voir que François Ruffin (ndlr, un député français) avait fait un discours en France, justement pour demander la réouverture des amphis. Ça m'a beaucoup inspiré et j'ai voulu témoigner."

Le manque de vie sociale, important à tout âge et singulièrement au début de la vie d'adulte pèse à Victoria et ses copines : "On en parle beaucoup avec mes copines et je ne suis pas la seule. Il y en une qui est vraiment démotivée au niveau scolaire et toutes souffrent du manque de contact social. Bien évidemment tout le monde souffre de la situation. Je pense beaucoup aux personnes isolées, mais j'ai voulu partager ma souffrance en tant qu'étudiante et au nom de tous les étudiants", précise la jeune fille qui s'estime encore "être privilégiée car je suis avec ma famille. Mais il y a des étudiant(e)s qui vivent actuellement dans des kots de 10m2. Et c’est là qu’ils sont tous les jours depuis des mois…"

On stigmatise les jeunes en disant qu'ils ne font pas attention, que ce virus ne les concerne pas mais on ne parle pas de leur souffrance

Sa maman, Laurence, comprend la souffrance ressentie par sa fille et les autres étudiant(e)s en général. "On stigmatise les jeunes en disant qu'ils ne font pas attention, que ce virus ne les concerne pas mais on ne parle pas de leur souffrance. Et surtout, on ne les aide pas!" Laurence se remémore ses 18 ans et essaie de se mettre à la place de sa fille: "Je l'aurai très mal vécu à son âge. Mes 18 ans c'était l'unif, les amis, le folklore, les sorties, etc. Elle, ne connaît pas la vie à l'université..." Et Victoria, comme bon nombres d'étudiant(e)s, a aussi été privée des festivités liées à sa dernière année d'enseignement secondaire. "On n'a pas eu de bal, pas de fin de rétho ni de voyage, etc. Et là, la première année d’unif ne rattrape rien, on n'a accès a rien et droit à rien," regrette-t-elle.

Pour aider les étudiants en détresse psychologique ou en décrochage scolaire, Laurence préconise de "rouvrir les universités, au moins une semaine sur deux pour faciliter leurs cours et qu'ils aient un contact social." Victoria, elle, souhaiterait aussi qu'une bulle de contacts rapprochés soit mise en place, pour pouvoir voir ses ami(e)s en toute légalité. "J'aimerais qu'on puisse voir nos ami(e)s sans avoir la peur d'être dénoncé et de se prendre une amende. Même si on reste à la maison, qu'on puisse en voir 2 ou 3. Au moins ça", demande l'étudiante.  

LA LETTRE DE VICTORIA

Bonjour à tous. Je ne pensais jamais faire ça, un texte public sur Facebook, mais j’en ressens le besoin, l’utilité et surtout, l’urgence. J’ai 18 ans et je suis étudiante. Et je parle au nom de tous les étudiants. J’ai terminé ma rhéto à distance. Je n’ai eu droit ni à mon bal, ni à mon spectacle, ni à mon voyage rhéto. J’ai mordu sur ma chique et je me suis dit que c’était pour mon bien.

J’ai été privée de mes amis une première fois. On nous a demandé d’être patients, d’être de bons citoyens, de rester chez nous. On l’a fait. De mars à juin, on l’a fait. On a été courageux. On s’est trouvé des occupations. Il faisait beau, grand soleil, on pouvait avoir cours en ligne dehors. On a téléchargé des conneries, on s’appelait en Facetime, on cuisinait, on reprenait le sport. Ça allait. Ma vie avait été stoppée nette, les bars et les boîtes avaient disparus subitement. Mais ça allait. On décomptait les jours, on attendait les conseils nationaux. On était tous devant notre télévision.

Et un jour, enfin, j’ai pu revoir mes amis. C’était vers juillet/août. Nous avons même pu partir en vacances, c’était autorisé, on pouvait décompresser. Les bars étaient rouverts, on se revoyait tous, heureux.

Ensuite, j’ai commencé ma première année à l’université. C’est stressant, une rentrée à l’unif. On vous dit que c’est pas facile, qu’il faut s’accrocher, c’est nouveau, c’est grand, ça demande de l’organisation. Je pense que je suis allée trois semaines en auditoire.

Après, on me l’a interdit. Tout s’est brutalement refermé. Plus de bars, plus d’amis, plus de magasins, plus de restaurants. J’ai commencé à voir de la nouvelle matière, inédite, jamais vue, à distance. Avec des réunionsTteams où le son était mauvais, où les profs n’avaient pas de bons micros, où les slides ne défilaient pas, se bloquaient, où tu devais rester devant un ordinateur pendant des heures à écouter (essayer du moins) un nouveau cours. J’ai eu mal aux yeux.

J’ai perdu tout contact social, je suis passée de vie active à vie passive, dans mon lit, à rien faire. On m’a interdit de voir mes amis une seconde fois. Ça fait 3 mois que je ne peux plus les voir, alors qu’ils faisaient partie de mon quotidien. Tous les jours je les voyais, et on me les a enlevés. Et à l’heure actuelle, si j’ose en voir 3 à la maison, on risque d’être dénoncés et d’avoir des amendes. Et chère hein l’amende.

Alors je suis chez moi. Tous les jours. Devant un ordinateur. Je souffre du manque de contact social. Je souffre qu’on ne pense pas à moi, étudiante. Qu’on dise toujours que le problème : c’est nous les jeunes. Que nous sommes irresponsables. Stupides, bêtes, rebelles. Pourtant, la plupart essaient de se plier aux règles pour à tout prix sortir du train train insupportable de LEC: « lever étudier coucher »

Le seul bruit que j’entends c’est la pluie contre ma fenêtre, ou un chien qui aboie, la seule chose que je vois, c’est la vue de la fenêtre de ma chambre. Pour d’autres, c’est 10m2 de kot ou de studio, dont la vue s’arrête à l’appartement d’en face. Alors oui, je vais me promener, prendre l’air. Mais à force de se promener, on s’en lasse.

Je ne sais pas ce qu'est l'université

Je ne sais pas ce qu’est l’université. Je ne sais pas ce qu’est le folklore, le baptême, tout ça ne me dit rien. Je vis mon premier blocus, dans des conditions où le stress est double. Le moral est lourd, très lourd. Car il faut se motiver même si les conditions sont déplorables. Rien ne te motive. Rien.

Je n’ai pas fêté mon anniversaire: 18 ans, ça se fête pourtant

Tu te lèves pour rien. Tu vois personne. Tu te sens seule. Je n’ai pas fêté mon anniversaire. 18 ans, ça se fête pourtant. J’aurai du organiser une grande fête, avec beaucoup de gens, on aurait dû se serrer dans les bras, s’embrasser. Mais rien de tout ça.

Je ne parle pas de guerre, je ne veux pas comparer

Je vois venir les commentaires "Tu as évité la guerre, pense un peu à tes arrières grands parents". J’y pense. Mais je parle pas de ça. Je parle de quelque chose que je suis en train de vivre, moi, qui me tue petit à petit. Je ne parle pas de guerre, je ne veux pas comparer. Car ce qu’on vit est incomparable.

Les étudiants souffrent de l’isolement, du manque de leurs amis et ce depuis des mois. On souffre, on essaie de l’exprimer, mais rien ne change. On nous prive de nous rendre à l’université par contre nos examens sont en présentiel, avec bien 300 personnes dans les auditoires. Pourquoi? Expliquez moi pourquoi. Un étudiant s’est défenestré à Lyon, vous attendez que ça arrive ici aussi en Belgique pour peut-être nous prendre en considération? Pour peut-être réaliser à quel point notre santé mentale est en péril ?

On se bat pour être heureux actuellement. Je pense que le bonheur a disparu chez beaucoup. On se bat. Mais on perd pied. L’urgence est là. Il faut sauver les étudiants. Il faut qu’ils se sentent écoutés, compris, et surtout considérés. Sauvez nous. Parce que pour beaucoup on s’effondre.

Bien entendu je n’écris pas ce texte pour placer notre souffrance au dessus de celles des autres

Et il est temps de réagir, il est encore temps. Trouvez nous des solutions. Proposez-nous des perspectives. Arrêtez de parler de chiffres, mais parlez de personnes. Ne nous dissimulez pas parmi des numéros. Nous sommes prêts à respecter vos mesures, mais permettez nous de revivre. J’évite de parler de dépression et de suicides, mais s’il faut encore confiner, limiter encore les contacts, rajouter des mesures, vous devez vous y attendre... et vous aurez été prévenu Merci A partager (Bien entendu je n’écris pas ce texte pour placer notre souffrance au dessus de celles des autres, mais pour faire réaliser que ce ne sont pas des caprices lié aux fermetures des boîtes qui nous affectent... à bon entendeur)

Heloise Vinale

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