Reprise des visites en présence de l’agent immobilier: voici les règles

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A partir de ce samedi, toutes les agences immobilières peuvent reprendre les visites de biens. L’agent peut donc à nouveau accompagner son client dans un appartement ou une maison. Un soulagement pour le secteur qui espérait un assouplissement des règles. Pour certains agents immobiliers, la situation était catastrophique. Voici les principales mesures à respecter.

L’interdiction des visites, c’est terminé. Dès ce 13 février, les agents immobiliers peuvent à nouveau accompagner leurs clients dans un bien à louer ou à acheter. C'est ce qu'a décidé le comité de concertation le vendredi 5 février. "Clairement, on se félicite de cette décision. C’est ce que nous demandions", a réagi Steven Lee, le responsable du service communication de l’IPI, l’Institut professionnel des agents immobiliers.

Concrètement, les modalités de reprise des visites ont été transmises hier aux agents professionnels.

Voici les principales règles spécifiques pour les visites d’immeubles :

  • toutes les visites se font sur rendez-vous, en évitant les rassemblements.
  • la visite se déroule avec un nombre maximum de 3 visiteurs adultes, l’agent immobilier et les éventuels occupants non compris.
  • les visiteurs attentent à l’extérieur ou dans la voiture en attendant que l’agent immobilier leur fasse signe qu’ils peuvent s’approcher de l’immeuble.
  • les consignes de sécurité sont à nouveau répétées avant chaque visite.
  • l’agent et les visiteurs doivent toujours porter un masque.
  • il sera toujours prévu suffisamment de gel désinfectant pour les visiteurs.
  • les règles de distanciation sociale (minimale de 1,5 m) doivent pleinement être respectées, l’agent doit veiller à ce que personne ne se croise pendant la visite.
  • le professionnel de l’immobilier s’assure à l’avance que toutes les portes intérieures sont ouvertes. Il ouvre lui-même les éventuelles portes extérieures pour les visiteurs et désinfecte après chaque visite les poignées de porte et/ ou les autres objets qui ont été touchés.
  • une ventilation adéquate du logement sera assurée à tout moment pendant et entre les visites.
  • le moins de documents possibles sont remis aux visiteurs. Ceux-ci doivent de préférence être envoyés avant ou après la visite.

Sur le terrain, c'était quasi mission impossible

Cet assouplissement était attendu par le secteur qui souffrait des contraintes imposées par les autorités. Pendant plusieurs mois, les visites des biens étaient très compliquées à réaliser. Les personnes qui souhaitaient louer ou acheter une habitation étaient autorisées à la visiter uniquement si aucune autre personne n’était présente à ce moment-là. De quoi compliquer la vie sur le terrain des agents immobiliers et des clients.

Qui laisseraient rentrer des inconnus visiter seuls leur maison pendant 30 min ? Moi personne

Particulièrement affectée par cette situation, une gérante d’une agence immobilière nous avait d’ailleurs contactés fin janvier via notre bouton orange Alertez-nous pour dénoncer ces conditions trop strictes. "Selon le gouvernement, nous pouvons être ouverts. Donc, nous pouvons travailler, sauf que je dois rester à l’extérieur. S’il y a des locataires, ils ne peuvent pas être là. Idem pour les propriétaires. Connaissez-vous beaucoup de personnes qui laisseraient rentrer des inconnus visiter seuls leur maison pendant 30 min ? Moi personne", s’indignait Marie, un prénom d’emprunt pour respecter sa demande d’anonymat.

"Vous imaginez les problèmes que cela pose. Chaque fois qu’un client a une question à poser, il doit la noter et puis attendre de revoir l’agent immobilier par la suite", confirmait au même moment Steven Lee de l’IPI. "En gros, cela résume notre métier à un ouvreur de porte", résumait avec amertume Emmanuel Deboulle, business development manager Bruxelles et Wallonie chez ERA Belgium. "C’est un secteur jugé comme non essentiel alors que se loger est pour nous indispensable. Ce n’est pas que de l’investissement mais une question d’habitation", ajoutait-il.

Une règle absurde: "Cherchez l'erreur"

Par contre, les agences immobilières pouvaient être ouvertes au public, en respectant des règles sanitaires strictes (une personne par 10m2, port du masque et usage de gel désinfectant). "C’est un point idiot car vous pouvez aller dans une agence immobilière pour discuter avec un agent pendant 30 minutes dans son bureau, mais vous ne pouvez pas visiter un appartement ou une maison avec lui. Cherchez l’erreur", soulignait alors le responsable communication de l’IPI.

Pour Marie, qui a lancé son activité en janvier 2019, cette situation était quasiment intenable. Elle nous a raconté son histoire pour témoigner des difficultés qu’elle a dû surmonter.

Six mois après l’ouverture de son agence, cette jeune femme passionnée s’est cassée les deux pieds. "S’en est suivi un alitement de plusieurs mois et une longue rééducation. A force de volonté, et à la grande surprise générale des médecins, je reprenais le travail d’agent immobilier à 100% en janvier 2020. Puis est arrivé le Covid."

La jeune indépendante avoue alors ne pas avoir trop mal vécu le confinement de mars, imposé en raison de la pandémie, même si son activité professionnelle était à l’arrêt. A ce moment-là, toutes les agences immobilières étaient fermées. "Mais au moins j’avais la mobilité et j’étais autonome. Autant rire que pleurer ! Et puis j’ai eu la chance d’avoir pu retravailler entre les deux confinements pour rattraper ma période sans revenus", a-t-elle expliqué.

Après le confinement, "la demande a fortement augmenté" avec des visites réglementées 

Le marché de l’immobilier a en effet repris des couleurs à partir du mois de mai, de façon flamboyante. "On a connu un engouement important à la réouverture au printemps", a confirmé Emmanuel Deboulle de l’agence ERA Belgium. "La demande a fortement augmenté et le critère d’avoir un espace extérieur est devenu beaucoup plus primordial. C’est le résultat du premier confinement", a-t-il précisé.

Lorsque les visites ont repris, les agents immobiliers devaient suivre toute une série de mesures de sécurité en termes de distance, d’hygiène, etc. Le port du masque était bien sûr obligatoire. Une fois à l’intérieur d’un bien, les clients ne pouvaient toucher à rien et devaient laisser l’agent ouvrir les portes.

"Les agents immobiliers ont suivi scrupuleusement ces règles réunies dans un guide sectoriel et tout s’est super bien passé. Il n’y a eu aucun problème lié à de visites d’agents immobiliers", a assuré Steven Lee.

A l’arrivée du deuxième confinement, j’ai de nouveau stoppé mes activités. Il y avait un vrai flou artistique 

Ensuite, après l’euphorie estivale, la deuxième vague a freiné l’élan immobilier. A partir de début novembre, de nouvelles restrictions se sont donc imposées au secteur. Visiblement, il a toutefois fallu un petit temps pour clarifier les choses.

"A l’arrivée du deuxième confinement, j’ai de nouveau stoppé mes activités. Il y avait un vrai flou artistique. Personne ne savait ce qui était autorisé ou non. L’IPI disait oui et l’état disait non... Tout le monde y allait de son avis. J’ai décidé que c’était assez pénible ainsi que pour m’énerver en plus. J’ai décidé de ne pas tergiverser et de ne pas reprendre les visites", a témoigné Marie.

Selon le responsable communication de l’IPI, ce flou artistique résultait du manque de clarté des autorités à ce moment-là. "Nous n’étions pas d’accord. L’IPI estimait que rien d’officiel n’interdisait aux agents de faire les visites. Dans l’arrêté ministériel, on parlait des syndics, de l’ouverture des agences mais rien, aucun message, sur les visites. De leur côté, les autorités estimaient que la simple publication sur un site d’information du SPF suffisait pour les interdire", a expliqué Steven Lee.

Les visites en présence de l'agent immobilier officiellement interdites

Le gouvernement a ensuite officialisé cette mesure. Plus question d’accompagner un client dans un appartement ou une maison. Une règle stricte qui a surpris le secteur.

"Pour nous, c’était incompréhensible. Pourquoi ne pas remettre les mesures en place après le premier confinement ? Nous ne sommes clairement pas un métier de contact. Nous avons des clients mais nous pouvons leur expliquer comment acheter un bien à 1m50 ou 2m de distance sans aucun souci", a souligné Steven Lee.  

Selon lui, une visite virtuelle n’est pas suffisante et une relation, même à distance, entre l’agent et le client est primordiale: "Une visite virtuelle permet d’affiner les biens que vous allez choisir à visiter mais, quand vous allez investir des centaines de milliers d’euros, vous voudrez le voir et le parcourir".  

"Les visites virtuelles, on les utilise depuis une dizaine d’années, pas forcément pour les locations car cela représente un investissement de temps non-négligeable. Mais les gens ont tout de même besoin de visiter le bien. Ce n’est pas un petit achat", a confirmé Emmanuel Deboulle.

Selon nos informations, certains agents ont d’ailleurs décidé d’outrepasser cette règle, malgré les amendes prévues. Plusieurs personnes nous ont confirmé avoir visité un bien en présence d’une autre personne et/ou d’un agent immobilier.

De son côté, Marie a ressenti une profonde injustice. "En d’autres mots, c’est une façon pour le gouvernement de nous dire que nous pouvons travailler et donc de se décharger de la responsabilité de nous indemniser... tout en nous empêchant de travailler dans la réalité", a dénoncé l’indépendante.

"Pour certains, c'était catastrophique"

Mais son témoignage ne reflète pas pour autant la réalité de tous les agents immobiliers. "Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Il y en a qui ont été directement impactés par la crise sanitaire. Pour certains, c’était même catastrophique. Mais d’autres ont réussi à passer à travers de manière neutre ou même à gagner plutôt bien leur vie", a indiqué Steven Lee.

Après l’inactivité de deux mois de confinement, le boom des ventes immobilières pendant l’été a permis à certaines agences de remonter la pente.

Le nombre de transactions immobilières en baisse

Le baromètre immobillier des notaires, réalisé par la Fédération du Notariat, illustre l’impact de la crise sanitaire sur le marché immobilier. Le premier trimestre a d’abord été soutenu, en particulier à Bruxelles. Puis la pandémie de Covid-19 a chamboulé le secteur. Après le confinement en mars et avril, la fédération a noté un phénomène de rattrapage de l’inactivité, une très forte augmentation de l’activité pendant l’été et une stabilisation au cours du dernier trimestre.

Globalement, selon le baromètre, le nombre de transactions immobilières a diminué de 2,7% l’année dernière, par rapport à 2020. En baisse en Flandre et Bruxelles, l’activité a par contre légèrement augmenté en Wallonie.

Et visiblement le nombre d’agents immobiliers a même augmenté, selon les statistiques de l’IPI. "Au début de l’année 2020, il y avait 10 630 agents immobiliers au total en Belgique. On en a perdu environ 200 en février-mars, puis à partir d’avril cela n’a fait qu’augmenter. Même avec la crise, on a terminé l’année avec plus d’agents, 10.767 au total", a détaillé le responsable communication de l’IPI. "Est-ce que le contrecoup se fera cette année ? C’est trop tôt malheureusement pour le dire", a-t-il estimé.

Une bonne nouvelle 

En tout cas, Marie est heureuse de pouvoir à nouveau prendre des rendez-vous pour des visites, en espérant pouvoir retrouver un équilibre financier. "Quand la situation sanitaire sera meilleure, nous espérons que le nombre de biens va repartir à la hausse.  Le plus difficile dans notre métier, ce n’est pas de vendre une maison, mais de l’obtenir pour pouvoir la vendre. Et pour cette indépendante, il est clair que commencer son activité dans ces circonstances, cela ne devait pas être facile", a commenté Steven Lee.

Julie Duynstee

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