Plusieurs chiens tués par des boulettes de viande empoisonnées dans la région d’Habay: "Quand il convulse et tremble, il est souvent trop tard"

Plusieurs chiens tués par des boulettes de viande empoisonnées dans la région d’Habay: "Quand il convulse et tremble, il est souvent trop tard"

Le nombre de cas de chiens empoisonnés se multiplient ces dernières semaines dans la région de Léglise, Attert et plus généralement dans la province du Luxembourg.  

"Plusieurs cas d'empoisonnement ont eu lieu dans la forêt d'Anlier, dont 3 sur le secteur de Léglise", nous a écrit Bruno (prénom d'emprunt car il veut garder l'anonymat) via le bouton orange Alertez-nousIl habite à proximité de la forêt d’Anlier où plusieurs cas de chiens empoisonnés lui ont été rapportés lors de discussions avec des connaissances. Il nous raconte que le sujet est sur toutes les lèvres en ce moment, et l’inquiétude grandit. Il préfère s'exprimer anonymement mais nous dit parler au nom de nombreuses personnes victimes ou tout simplement inquiètes 

"Quand cela s'arrêtera-t-il ? Quand un enfant aura malencontreusement touché à une de ces boulettes empoisonnées ? C'est choquant, révoltant et très triste".

Un couple de retraités d’Habay a vu ses 3 chiens succomber les uns après les autres après une balade en forêt d’Anlier, le 13 janvier dernier. "Nos trois chiens ont été pris de violents malaises. L'un des trois, le plus jeune, est mort dans la voiture. Les deux autres n'ont pas non plus survécu malgré les soins du vétérinaire. Il semblerait qu'ils aient succombé aux effets d'un poison très virulent auquel ils ont été exposés en forêt pendant notre balade", écrit sur Facebook cette promeneuse, qui dit avoir "le cœur en mille morceaux" après la perte de ses 3 chiens qu’elle promenait du côté de Gennevaux, dans la commune de Léglise 

C’est là que Bruno, notre alerteur, a eu écho d’autres cas, notamment le chien d’une de ses collègues, mort empoisonné fin 2020.  

Dans des propriétés privées également 

À Heinstert, c’est carrément dans des propriétés privées que des chiens auraient été tués. Le 24 février, Claire, 21 ans, déclare en avoir été témoin direct chez ses beaux-parents, qui habitent ce petit village de l’entité d’Attert"Des boulettes de viande ont été retrouvées dans le jardin de mes beaux-parents. Heureusement, le chien a été immédiatement emmené chez le vétérinaire et a pu être sauvé mais sil n’avait pas été pris en charge assez tôt, il serait malheureusement décédé, comme ce fut le cas pour un autre chien du village, la veille", témoigne la jeune femme. 

Mise en garde pour les promeneurs 

Bruno, le premier à nous contacter, veut mettre en garde les nombreux promeneurs qui viennent profiter de la forêt. "Confinement oblige, une des rares activités permises dans la région sont les balades en forêt. De plus, beaucoup dnéerlandophones et Bruxellois viennent dans les bois avec leur chien, ça risque de les toucher aussi. Il faut qu'ils s'en rendent compte", alerte-t-il. 

Lui-même propriétaire d’un chien, Bruno évite désormais la forêt d’Anlier et prend les précautions. "Mon chien est tenu en laisse mais je suis en permanence aux aguets lorsqu'il renifle quelque chose trop intensément ou veut attraper quoique ce soit à manger"explique-t-il. Il craint aussi pour les autres animaux : "Sans parler des dégâts causés à la faune locale : renards, blaireaux, loups et tous les autres animaux carnivores et omnivores". 

Une enquête est en cours 

Nous avons tenté d’en savoir plus auprès de la zone de police centre-Ardenne, qui nous a renvoyés vers le Parquet d’Arlon. Aucune précision ne nous a été communiquée mais nous avons eu la confirmation qu’une enquête a bel et bien été ouverte face aux nombreux cas. 

Le bourgmestre de Léglise, commune sur laquelle se trouve une partie de la forêt d’Anlier, s’inquiète lui aussi de ces empoisonnements à répétition sur sa zone et au-delàIl nous confirme qu’à Gennevaux, 3 chiens ont été tués ces dernières semaines, dont un dans la propriété de ses maîtres. Des boulettes de viande empoisonnées ont également été retrouvées près d’Habay-la-Neuve, le long d’un chemin de promenade.  

Francis Demasy nous confirme qu’une "enquête approfondie" est en cours mais que cela prend du temps pour diverses raisons : "Comme ça se passe sur des terrains privés, c'est compliqué, il faut des documents pour enquêter", nous raconte le bourgmestre. Il y a aussi les analyses du produit qui prennent du temps. Et parfois, il n’y a pas de dépôt de plainte.  

Il a donc demandé à la police "de mettre tout en œuvre" pour trouver le(s) coupable(s). Le bourgmestre de Léglise dit également comprendre l’émotion que cela suscite chez les citoyens 

"Je me mets à la place du propriétaire, je me rends compte que c'est émouvant car on s'attaque à leur animal et ça prend aux tripes donc l'émotion prend le dessus. En plus, le confinement met les gens dans une certaine tension. Il faut rester serein le plus possible. Mais c'est révoltant"concède-t-il.  

Des chasseurs en cause ? 

La piste est délicate mais dans la région, certains "bruits de couloir" pointent du doigt les chasseurs, rapporte Bruno, notre alerteur. Selon lui, cela fait plusieurs années que le phénomène des boulettes de viande empoisonnées est connu et a pris une tout autre dimension ces derniers mois.  

"Ce sont des terrains de chasse privés, mais chaque année, entre les périodes de chasse, des empoisonnements ont lieu... Les bruits de couloirs de la région ne cessent de citer le propriétaire des terrains comme responsable car celui-ci ne supporte pas de voir des chiens et des promeneurs sur ses terrains", nous explique-t-il.  

Cette pratique est en effet connue dans le milieu de la chasse, nous confirme Olivier Noiret, coordinateur de l’Unité anti-braconnage de la région wallonne. "Il arrive que des chasseurs veulent protéger leur territoire contre les chiens errants. En 2018, on a connu des problèmes similaires et cela avait nécessité l’intervention de l’unité anti-braconnage", explique-t-il.  

Pour les cas les plus récents d’empoisonnement, cette unité est intervenue récemment, "en appui de la police locale, nous avons fait une opération de contrôle près de Léglise", confirme Olivier Noiret, qui ne peut pas nous communiquer les résultats de cette opération.  

Son unité est compétente pour ce genre d’opération dans le cas où un chasseur est l’auteur des faits, mais aussi si des animaux sauvages comme les blaireaux par exemple, sont touchés par l’empoisonnementCe qui pourrait arriver dans la forêt, mais pas dans une propriété privée : dans ce cas, c’est uniquement du ressort de la police.  

"Chaque année, on trouve des appâts empoisonnés" 

Olivier Noiret nous confirme qu’en forêt, les cas d’animaux empoisonnés par des boulettes de viande par des chasseurs ne sont pas rares. "On sait que dans le monde de la chasse, c’est pour avoir la paix sur leur territoire de chasse", lance-t-il. C’est bien entendu complètement illégal et l'unité anti-braconnage lutte contre ces pratiques.  

"Chaque année, on trouve des appâts empoisonnés. C’est parfois des carcasses d’oiseaux morts dans lesquels ils mettent du poisonEtermes de bien-être animal, on a vu mieux. Quand vous mettez du poison dans un oiseau mort, tout animal peut s’y attaquer, même un chien", explique l’expert.  

Il rappelle donc l’importance de tenir son chien en laisse, y compris dans les bois. Il insiste aussi sur le fait que cela peut arriver partout et ce n’est pas forcément un chasseur qui est responsable. Olivier Noiret cite l’exemple récent, dans le Brabant wallon, d’un villageois qui empoisonnait des chiens à l’aide de croquettes car il ne supportait pas les aboiements.  

"Venir le plus tôt possible"

La vétérinaire qui a pu sauver le chien des beaux-parents de Claire, a entendu parler de ces nombreux cas d’empoisonnement, notamment à Libramont, Bouillon et Habay 

Concernant les 2 cas successifs à Heinstert, c’est elle qui est intervenue. "J’ai vu un chien que je n’ai pas pu sauver et le 2e, le lendemain, que j’ai pu sauver car les maîtres sont venus très rapidement", explique Rachel Weber, vétérinaire 

Après ingestion des boulettes, tout va très vite : en 30 minutes, il peut déjà être trop tard. "Il faut venir le plus tôt possible quand les gens voient que le chien mange l’appât. En 20 minutes, le toxique traverse la paroi de l’estomac et les vaisseaux sanguins et agit". 

Elle raconte comment ses interventions se sont passées avec les deux chiens. Le premier, elle n’a pas pu le sauver : "Quand il est arrivé, il tremblait, convulsait, respirait difficilement et avait 42 de fièvre. J’ai baissé température, stoppé convulsion mais ça a repris et le cerveau était sans doute abimé", nous explique-t-elle.  

Dans ce petit village, les nouvelles vont vite et le lendemain, les beaux-parents de Claire, maîtres du second chien empoisonné, ont heureusement pu venir asse vite auprès de la vétérinaire.  

"J’ai fait vomir le chien à l’aide d’un produit, puis, je l’ai mis sous perfusion pour augmenter le débit sanguin", explique la vétérinaire.  

Il n’est pas évident de faire vomir un chien, elle recommande donc de laisser faire les spécialistes.  

Il est difficile de dire en combien de temps le chien peut mourir car cela dépend de la quantité de poison ingéré mais un chien ne survit généralement pas au-delà d'une trentaine minutes après absorption du poison.  

"Quand il convulse, tremble, a des problèmes respiratoires, il est souvent trop tard", précise-t-elle.  

Quel produit est utilisé ?  

La vétérinaire ignore quel produit est utilisé par les auteurs des faits étant donné le prix élevé demandé pour procéder à de telles analyses. "C’est de l’ordre d260 à 280 euros HTVA. Les propriétaires ne veulent généralement pas payer pour ça", déclare encore Rachel Weber 

Selon Olivier Noiret, le coordinateur de l’Unité anti-braconnage de la région wallonne, il est probable que des produits de type pesticides ou insecticides soient utilisés. Il cite le Curater, un pesticide hautement toxique, mais aussi le Temik, qui n’est pourtant plus autorisé à la vente mais que certains parviennent encore à se procurer étant donné qu’il est employé dans le milieu agricole.  

Rachel Weber, la vétérinaire d’Habay, confirme qu’on peut se procurer du Temik facilement, même s’il n’est plus en vente libre. Idem pour la strychnine, autrefois utilisée pour empoisonner les renards ou les taupes mais interdites depuis de nombreuses années. Malgré tout, des stocks subsistent... 

Ce qui est certain, c’est qu’il a clairement une volonté de nuire étant donné que le produit est mélangé à des boulettes de viande, et même parfois injecté à la seringue dans des morceaux de poulet, comme la vétérinaire après avoir fait vomir le chien qu’elle a sauvé.   

"Les gens ont très peur" 

Dans les villages touchés, "c’est un peu la psychose, les gens ont très peur", nous confie la vétérinaire, affirmant que certains n’osent même plus promener leur animal.  

"Le souci est connu et se répète et s'intensifie chaque année depuis plusieurs années et, enfin, les langues se délient, notamment grâce aux réseaux sociaux...", conclut Bruno, notre alerteur, qui espère que l’enquête actuellement en cours finira par aboutir.  

En attendant, il est recommandé de tenir son chien en laisse lors de promenades en forêt et de rester attentif à ce qu’ils pourraient ramasser. 

Sur Facebook, les témoignages et mises en garde se multiplient. Autant d’éléments qui devraient permettre à l’enquête d’aboutir au plus vite.  

Gwendeline Delieux

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