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Colère de nombreux militaires: un nouveau système informatique entraîne des problèmes de paiement des salaires et primes

Depuis la mise en place fin 2020 du nouveau système informatique de paiement des salaires et des primes des militaires (HRM@Defence), de gros problèmes sont apparus. "Beaucoup de nos militaires ne touchent pas leurs salaires, leurs heures supplémentaires, leurs primes… C'est honteux", a dénoncé l'épouse d'un d'entre eux.

Des messages comme celui-là, nous en avons reçu plusieurs via le bouton orange Alertez-nous. 

"Depuis le 14 décembre 2020, nous, militaires, ne touchons plus nos primes, remboursements de frais de trajet. Encore bien qu'on a touché notre salaire mais il est incomplet, et souvent avec des erreurs. L'armée me doit plus de 7.000 euros à l'heure où je vous écris", affirmait un militaire rentré d'une mission à l'étranger.

Tous les militaires qui nous ont écrit veulent garder l'anonymat. Nous avons contacté Olivier (prénom d'emprunt) afin qu'il nous donne quelques détails. Militaire en province de Liège, il déclare n'avoir touché qu'une partie de son salaire en janvier, février et mars, et aucune prime. "Tout ce qui est prime (de week-end, nuit, jours fériés), je n'ai rien touché. Ça représente entre 200 et 300 euros suivants les mois. En janvier, il manquait 70 euros sur mon salaire, et en mars, 200 euros", raconte-t-il. Cette situation, qui dure depuis 4 mois, met Olivier et son épouse dans une situation délicate et il refuse de se taire plus longtemps. Il pointe du doigt "HRM, le nouveau programme mis en place pour gérer nos données personnelles et salariales".

Si moi j'ai une facture de 5000 euros non-payée, j'ai les huissiers à ma porte

Un autre militaire nous a expliqué sa situation. Revenu du Niger fin janvier, l'armée lui doit des indemnités liées à sa mission en Afrique.

"Ils me doivent presque 2 mois de mission, donc plus ou moins 5.000 euros", explique Nicolas (prénom d'emprunt) parti pendant 4 mois et revenu le 24 janvier. Entretemps, le système de paiement des indemnités avait changé. Nicolas attend toujours une partie de ses indemnités de décembre et celles du mois de janvier. En fonction des risques pris par les militaires dans certaines régions du monde comme c'est le cas au Niger, au Mali ou encore en Afghanistan, leurs indemnités sont plus élevées. Ce qui explique que pour certains, ce sont des milliers d'euros qui sont attendus et n'arrivent pas sur leurs comptes en banque. "On m'a dit que ce serait pour 1er avril, mais je n'ai rien reçu. On nous dit qu'on relance le paiement mais on a toujours rien eu. Si moi j'ai une facture de 5.000 euros non-payée, j'ai les huissiers à ma porte", lance le militaire.

Ces deux témoignages mettent en avant deux problèmes : le paiement des salaires, incomplets, et le paiement des primes, inexistant pour certains militaires partis en mission à l'étranger.

La Défense, que nous avons contactée, n'est pas en mesure de détailler l'ampleur du problème mais se veut rassurante concernant la prise en charge des retards de paiement. "Pour la partie primes d’opérations, le retard sera rattrapé avec les paiements qui ont eu lieu et auront encore lieu dans le courant du mois d’avril. Pour les autres prestations, le système a été adapté afin qu'elles puissent être ré-encodées rétroactivement", rassure La Défense.  

Le programme a beaucoup de maladies de jeunesse et de fautes structurelles

D'après les syndicats, certains militaires sont en attente de plus grosses sommes encore : jusqu'à 15.000 euros d'indemnités non-payées affirme Yves Huwart, président du CGPM, le syndicat militaire.

Il évoque "beaucoup de problèmes et de frustrations" liées à ce changement de système de paiement des rémunérations. "C'est tous les jours, ça n'arrête pas, je confirme qu'il y a beaucoup de problèmes de toutes sortes, explique-t-il. Parfois, ils sont dus à une mauvaise manipulation de l'intéressé, parfois c'est le programme qui a beaucoup de maladies de jeunesse et de fautes structurelles".

Auparavant, avec l'ancien système, le militaire ne devait rien encoder par lui-même pour percevoir son salaire, ses indemnités, ses primes. Aujourd'hui, avec HRM, il doit intervenir dans le processus.

"Maintenant, ils ont des démarches à faire. Par exemple, signaler eux-mêmes qu'ils vont partir en mission. Mais certains se perdent dans le programme qui prévoit une dizaine de possibilités de mission, avec différents type d'indemnités… Les gens ne maitrisent pas tout ça, ils ne s'y retrouvent pas", explique Yves Huwart.

Ce sont des tâches administratives auxquelles ils ne sont pas habitués, sans compter la complexité du programme

Son homologue au syndicat SLFP Défense, Dimitry Modaert, le confirme : il est difficile pour bon nombre de militaires de s'y retrouver avec ce nouveau système. La plupart sont des hommes et femmes "de terrain" : "La plupart ne travaille pas sur ordinateur et même si le programme est accessible en version mobile, ce n'est pas 'user friendly'", explique-t-il.

Chacun doit veiller à ce que sa situation soit exacte mais cela représente un changement important pour les militaires. "Ce sont des tâches administratives auxquelles ils ne sont pas habitués, sans compter la complexité du programme".

La Défense le confirme, l'encodage par les miliaires eux-mêmes est source de nombreux couacs : "L’utilisation du nouvel outil - le module PVR (outil de validation et d'enregistrement de la planification) - pose problème pour certains utilisateurs. Des sessions de formation supplémentaires sont organisées depuis la première semaine de février, selon le principe de l'école ouverte".

Mais d'autres problèmes sont apparus lors du transfert des données de l'ancien programme vers le nouveau. "Des données incorrectement migrées depuis les anciennes applications, des calculs incorrects, des flux de travail et délégations qui ne fonctionnent pas", épingle-t-on à La Défense.

Certaines prestations ont pu être régularisées, mais pas toutes : "Ces prestations ont été chargées de l'ancien système vers le nouveau, mais tous les paramètres nécessaires au traitement de celles-ci n'ont pas été chargés correctement. L'objectif est de corriger cette situation le plus rapidement possible, afin que les membres du personnel puissent être payés".

De leur côté, les syndicats récoltent les plaintes pour les transférer aux bonnes personnes mais le travail est conséquent et "c'est vraiment pénible" selon le syndicaliste.

Du personnel engagé pour faire face aux retards de paiements

Même chose du côté du syndicat SLPF Défense où le président, Dimitry Modaert, assure que le personnel de la Défense se démène pour rattraper le retard. Des personnes ont même été engagées avec le plan Rosetta pour venir prêter main forte au service. "Mais on est arrivé à un point où il faut y aller dossier par dossier", explique le syndicaliste.

Les syndicats essayent aussi de faire en sorte que chaque affilié remette en ordre ses informations personnelles dans le nouveau programme. "On incite les gens à mettre leur situation en ordre mais ça prend du temps", confirme Dimitry Modaert.

"Ce qui est dû sera dû", insiste le syndicaliste qui assure que le service du personnel "boulotte", mais comprend que ces retards de paiements commencent à agacer. "Certains militaires sont dans une situation financière extrêmement problématique, et on ne sait pas mettre des rustines indéfiniment", ajoute Dimitry Modaert.

En décembre, on craignait de solides problèmes, les risques étaient connus mais ça a été lancé

Personne ne peut dire aujourd'hui quand tout sera régularisé mais la société Oracle, qui a créé le programme, est également pointée du doigt. "Ce logiciel a eu des ratés dans d'autres grandes entreprises et sont revenues en arrière", confie le président du SLFP qui "pense clairement qu'il y a eu des erreurs" dans le chef de la Défense. Mais cela ne pouvait apparemment pas être évité. "En décembre, on craignait de solides problèmes. Les risques étaient connus mais ça a été lancé. Que pouvait-on y faire ?", se demande-t-il.

Encore un peu de patience

Un retour en arrière semble peu probable. La patience est toujours de mise, même si, les syndicats en sont conscients, les militaires en ont déjà beaucoup fait preuve.

Pour les salaires, mis à part quelques cas isolés, le problème est réglé. Pour ce qui est des prestations de missions, "la plus grande partie des concernés ont été payés début de ce mois-ci et une dernière partie sera payée plus tard dans le mois", insiste La Défense.

Face à cette situation chaotique, l'armée souhaite rassurer ses militaire : "Les services centraux font tout ce qui est en leur pouvoir pour revenir le plus rapidement possible à une situation où chaque membre de la Défense est payé à temps et correctement. L’objectif reste bien d’avoir un système stable pour la fin du mois de juin", conclue-t-elle.

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