L'épidémiologiste Marius Gilbert plutôt "défavorable" à l'obligation vaccinale: "C’est une option de dernier recours"

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L'invité d'Olivier Schoonejans ce lundi dans le RTL INFO avec Vous est un habitué des plateaux de télévision, un peu malgré lui. Il s'est imposé comme expert depuis le début de la crise sanitaire que nous connaissons. Marius Gilbert est épidémiologiste et membre du groupe d’experts sur le déconfinement. Il vient de publier un livre intitulé "Juste un passage au JT et on rentre". Le scientifique revient sur un an et demi de cette crise, en racontant son expérience. 

Vous avez pu prendre du recul sur cette crise, comment avez-vous fait ?

"Je pense que c’était nécessaire surtout. Avec le déploiement de la vaccination, tout à coup il y a une sortie de crise qui s’amorce, quand l’on voit, que l’on ressent. On peut tous reprendre une partie des choses qu’on a plus vécues depuis longtemps. Et je pense que c’est le bon moment, après quelque chose qui a blessé beaucoup de gens, de panser les plaies. Panser les plaies, c’est aussi arriver à comprendre ce qui s’est passé. C’est un peu ça l’ambition du livre, essayer de donner les moyens à chacun de mieux comprendre ce qui s’est passé, pourquoi on a transformé nos vies aussi fortement jusque dans l’intime de ce que les gens peuvent vivre chez eux. Et de façon à ce que chacun puisse se dire "voilà c’est ce qui s’est passé, je comprends un peu mieux et maintenant on peut passer à autre chose, on peut reprendre une vie un peu plus normale".

Il s’est passé énormément de choses, aussi des choses compliquées et difficiles. Le début a été très chaotique, en tout cas dans la relation avec les politiques puisque vous lanciez les alertes en disant "attention" et vous aviez l’impression de ne pas être suivis au début. Vous avez réussi à comprendre pourquoi les politiques ont mis autant de temps à dégainer ?

"Je pense qu’il faut un peu distinguer les phases. Dans la première vague, il n’y a pas que la Belgique qui était concernée. Tout le monde a été pris de court, même dans tous les systèmes de décisions. Quand on voit la France, l’Italie, l’Espagne. C’est vraiment la rapidité avec laquelle les pays ont été affectés qui a fort déterminé les taux de réponses. Et certains pays qui ont été moins touchés précocement ont bénéficié d’un effet d’entraînement des mesures et ont pu limiter beaucoup plus l’impact de leur épidémie. Donc même avec une réaction un peu plus précoce, on aurait pu limiter un peu plus l’étendue de la première vague. Mais je ne suis pas convaincu qu’on aurait vraiment pu faire autrement au niveau de cette première vague. C’était vraiment rapide par rapport au temps politique."

L'épidémiologiste Marius Gilbert plutôt
Il y a aussi un épisode que vous racontez dans votre bouquin, une réunion avec les représentants des fédérations sportives. Il y a 130 personnes en visioconférence. J’étais un peu frappé parce que tout le monde a sa question sur l’application des mesures. Vous proposez des mesures aux politiques qui tranchent et puis on essaie de les appliquer. A un moment donné, vous avez dû réguler la vie des gens jusque dans les moindres détails, sans y être forcément préparés ?

"Je le raconte un peu sous l’angle de l’anecdote. En réalité, tout d’un coup, il faut imaginer des protocoles pour une diversité absolument hallucinante d’activités. La seule chose que l’on a pu faire u niveau du GEES (ndlr : groupe d’experts), c’est de définir des grands principes et puis d’engager des discussions avec les représentants de différents secteurs d’activité. De la même façon, il y a eu des discussions avec le monde enseignant. Les questions venaient de partout. Tout le monde se posait des questions, c’était nouveau pour tout le monde. Très modestement, on a pu répondre à quelques questions mais cela mettait surtout en lumière qu’il fallait tout improviser. C’était un effort colossal."

Aujourd’hui, certaines disent "vaccinons-nous au plus vite pour revenir à la vie d'avant". Il y a deux aspects dans cette phrase. D’abord, la vaccination en tant que telle. Faut-il la rendre obligatoire par exemple pour certains secteurs comme les enseignants ?

"Sur la question de l’obligation vaccinale, de façon générale, je suis plutôt défavorable. En tout cas je pense que c’est une option de dernier recours et par rapport à une maladie qui, pour des personnes plus jeunes, n’est pas une maladie très grave, je pense que cela serait allé trop loin. Je pense que c’est une solution à court terme et qui risque de polariser encore plus la société. Je pense qu’elle est très divisée et exacerbée encore les tensions ce serait très difficile. Même quand on pense obligation vaccinale, il faut toujours penser qu’est-ce que l’on va faire pour la mettre en œuvre. Va-t-on commencer à mettre des amendes à des personnes ? Certains vont-ils se retrouver chez le juge parce qu’ils n’ont pas voulu se faire vacciner ? Il faut donc aller au bout du raisonnement et se dire est-ce que l’on est vraiment prêt à ça ?"

Ou un pass sanitaire pour tout ?

"Un pass sanitaire pour tout, on divise encore. Tout à coup, les vaccinés ont des droits et les non-vaccinés n’ont pas de droits. Je pense qu’il faut aller le plus possible à la rencontre et faire tout ce que l’on peut pour que cela soit de solutions de dernier recours."

Vous considérez aussi que revenir à la vie d’avant, on n’y est pas encore et on n’y sera peut-être pas avant longtemps. Que voulez-vous dire ?

"Il y a deux choses. Je pense qu’à relativement court terme le variant Delta est tel avec cette infectiosité plus grande que malgré une bonne couverture vaccinale on va sans doute devoir maintenir un certain nombre de mesures cet hiver. Donc, on va devoir encore vivre avec ce virus cet hiver. Et puis, dans les années qui suivent, la combinaison entre l’immunité naturelle et l’immunité acquise par le vaccin vont faire qu’on sera de plus en plus confronté à des petites vaguelettes susceptibles de nous toucher tous les hivers. On va donc devoir encore vivre avec ça mais on est dans une configuration radicalement différente de celle de l’année dernière où on était tout nu. On avait rien d’autre comme moyen de protection de la population que les gestes barrière, le testing et le tracing, qui ne sont jamais que des mesures de prévention. Tout reposait sur l’adhésion à un ensemble de mesures. On est quand même beaucoup mieux équipé maintenant."

A titre personnel, cette crise a changé votre vie. On vous reconnaît dans la rue. Vous faites un peu partie de la famille. Cela vous fait quoi ?

"C’est un peu étrange parce que moi et d’autres experts, nous n’avons pas choisi ce métier en se disant qu’on deviendrait populaire un jour, donc cela arrive par la force des choses. En ce qui me concerne, cela n’a pas eu de conséquences pénibles ou désagréables. Ce qui n’a pas été le cas de tous mes collègues qui ont dû parfois subir des agressions beaucoup plus difficiles. J’ai plutôt des réactions positives dans la rue."

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