Pénurie de carreleurs: Fabrice ne trouve pas d'apprentis

Pénurie de carreleurs: Fabrice ne trouve pas d'apprentis

Carreleur indépendant à Waterloo, Fabrice recherche un apprenti depuis 3 mois. Un nouvel exemple de la pénurie que connait plus globalement tout le secteur de la construction. Aujourd’hui, l’entrepreneur souhaite une revalorisation de sa profession.

Fabrice est carreleur depuis l’âge de 16 ans. Il se souvient avoir découvert le métier lorsqu’il était adolescent et "pas très bon à l’école" au sein d’une petite entreprise familiale. Ce fut une révélation. Aujourd’hui, à l’âge de 44 ans, il est à la tête de sa propre entreprise. Il souhaite accompagner un jeune de moins de 25 ans en apprentissage afin de transmettre son métier, mais également pour "pouvoir discuter et avoir de la compagnie". "Je suis jeune dans ma tête. En tant que gamer je reste accroché à une partie de mon adolescence. C’est peut-être pour ça que j’aime travailler avec des jeunes" explique-t-il.

En juin, il poste une annonce sur Facebook qui est partagée plus d’une centaine de fois. Dans son annonce, Fabrice n’hésite pourtant pas à mettre toutes les chances de son côté. "Bonne humeur", "travaille toujours en musique" peut-on y lire.

Mais 3 mois plus tard, il n’a toujours reçu aucune candidature. Pour ce passionné, le constat est amer. "Je suis déçu et peiné par le manque de motivation pour le secteur de la construction", une déception à mettre notamment sur le compte du "manque de valorisation de cette filière", selon lui.

L’entrepreneur explique le manque d’intérêt pour la profession de carreleur principalement en raison de la dureté du métier : "On fait un métier dur physiquement et où on se salit, on peut recommencer certaines tâches plusieurs fois. Il faut être fort physiquement mais aussi mentalement… On est courageux" ajoute-t-il. Difficile pour Fabrice d’accepter que son métier suscite aussi peu d’engouement car il a beaucoup d’aspects positifs : "C’est un métier où l’on rencontre beaucoup de personnes, où l’on bouge beaucoup". C’est une profession qui requiert aussi une certaine fibre artistique : "Il faut avoir le goût du beau et du travail bien fait."

Le quadragénaire a déjà eu l’occasion de travailler avec quelques jeunes par le passé, mais aucune de ces expériences n’ont été concluantes pour ces derniers. L’un d’eux a par exemple "préféré se tourner vers le Bitcoin". "Je suppose que tous nos jeunes seront médecins, avocats, ou tradeur vu que les "petits métiers" n'intéressent plus" dit Fabrice, plutôt déçu que réellement aigri.

Aujourd’hui l’entrepreneur souhaite former un jeune motivé. Il tient à faire savoir que "le travail ne manque pas" et qu’il y a "moyen de bien gagner sa vie" : "J’ai commencé par des petites salles de bains (…) et puis petit à petit, on arrive sur des maisons à plusieurs millions d’euros » explique-t-il. Mais, répète-t-il, "il faut un minimum de courage."

Pourquoi cette pénurie: le Forem donne 3 RAISONS

Sans surprise, le métier de carreleur fait partie de la liste des métiers en pénurie en Wallonie en 2021. On le retrouve au côté de 41 autres professions du secteur de la construction, comme charpentier ou bétonneur. Un manque d’attractivité bien connu du Forem, qui l’attribue à trois raisons principales :

  1.        Mauvaise image

"Les métiers de la construction souffrent de leurs mauvaises images" dit Thierry Ney porte-parole du Forem, à savoir souvent une image de métiers pénibles et mal rémunérés, une image qui serait injustifiée et plus d’actualité. « Avec la robotisation et les outils modernes, ces métiers sont devenus un peu moins difficiles qu’avant » ajoute t-il. Qu’en est-il de la rémunération ? En tant qu’entrepreneur, Fabrice parvient à dégager environ 2500 euros chaque mois. Quant à un ouvrier travaillant dans la construction en tant que salarié (carreleur mais aussi bétonneur, maçons…) les revenus varient entre 14 000 et 17 000 euros par an selon le barème de la commission paritaire du secteur. Les professionnels du secteur nous ont quant à eux fournit une estimation d’environ 1500 euros par mois.

  1.        Le salaire ne suffit pas

« Aujourd’hui le salaire ne suffit pas. L’équilibre entre vie professionnelle et vie privé ainsi que le bien-être au travail sont des facteurs importants pour cette génération, qui recherche la quête de sens au travail » explique le Forem.

  1.        Peu d’élèves

Peu de jeunes se lancent dans la formation à ces métiers. A l’IFAPME (Institut wallon de Formation en Alternance et des indépendants et Petites et Moyennes Entreprises) de Namur, ils ne sont qu’une dizaine cette année à suivre ce cursus en première année d’apprentissage. Un chiffre qui tombe à 7 en troisième et dernière année. Même chose à l’IFPME de Braine-Le-Comte où seules 4 personnes se sont inscrites en section carrelage pour la rentrée 2021. C’est particulièrement peu quand on sait qu’actuellement pas moins de 107 postes de carreleurs sont à pourvoir sur le site du Forem.

Nous avons parlé avec Maxence 16 ans, un des rares jeunes actuellement en formation de carreleur à l’IFAPME de Braine-le-Comte. Il a découvert le métier alors que son voisin entreprenait des travaux : « Il employait la méthode traditionnelle. Ça m’a plu, directement !». Aujourd’hui, il parle de son métier avec passion : « C’est un métier où il faut être méticuleux et avoir beaucoup de volonté (…) C’est un beau métier ! Il faudrait plus d’apprentis ! ».  Il souhaite à son tour se mettre à son compte en devenant indépendant d’ici quelques années.

Revaloriser la profession

Fabrice espère toujours redonner la motivation et le goût de son métier aux nouvelles générations. En plus de son annonce sur Facebook, il s’est mis en contact avec l’IFAPME de Braine-Le-Comte et Namur dans l’espoir de prendre un jeune sous son aile.

Plus globalement, afin de convaincre davantage de vocation, le Forem va organiser 8 jours dédiés à l’emploi dans le secteur de la construction en Wallonie. Les Super-Jobdays prendront place dans un premier temps à Liège et Verviers, où le besoin de main-d’œuvre a été décuplé en raison des dégâts provoqués par les inondations.

Pauline Dublanchet

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