Le nouveau film choc de Yann Arthus-Bertrand: "En dessous de 13-14 ans, j’ai pas du tout envie de leur parler de la fin du monde"

Le réalisateur Yann Arthus-Bertrand était l’invité du RTL INFO AVEC VOUS ce mercredi pour présenter son dernier documentaire, Legacy, qui sera diffusé entre le 16 et le 20 octobre durant la semaine verte sur RTL-TVI. Son thème ? Comment l’homme est arrivé aujourd’hui à un point de basculement.

Un film qu’il assure comme n’étant « pas anxiogène. C’est surtout un film qui parle quelque part de l’intelligence incroyable de l’Homme et de l’amour » qui va nous sauver, insiste-t-il.

Pourtant, avant même son tournage, convaincre les télévisions françaises de le financer a été impossible. Elles le trouvaient trop pessimiste. Seule M6 s'est lancée dans l'aventure. « Ils ont refusé d’investir, de commander le documentaire. Peut-être que je l’avais mal vendu. C’est vrai que je suis quelqu’un d’assez pessimiste. En même temps il faut aujourd’hui avoir le courage de dire la vérité. Et on parle aussi beaucoup d’amour donc c’est un film d’un optimiste inquiet », a-t-il expliqué. Cette attitude serait-il symptomatique d’un déni de notre société face à l’urgence climatique ? « Oui parce que tout le monde veut de l’espoir. Ce qui nous cache la réalité derrière un espoir qui n’est pas encore là. On est un peu piqué au génie humain. On pense que l’Homme va trouver la solution, continuer comme avant. L’Homme s’en est toujours sorti, c’est le truc qu’on entend toute la journée. »

Végétarien mais pas contre la viande du petit producteur

Dans ce documentaire, lui qui ne mange plus de viande s’en prend aux usines à viande. Ces parcages de bovins à perte de vue dans le but de produire lait et viande le plus rapidement possible, au mépris du bien-être animal. Manger de la viande après avoir vu ça devient de plus en plus difficile, « en tout cas la viande industrielle », précise-t-il. « Je pense que les paysans qui font bien leur boulot il faut les aider. Et surtout il faut acheter la viande au vrai prix. Pas au prix bas. Les paysans qui font bien leur travail, qu’ils en profitent et qu’ils puissent vivre de leur travail ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. »

Pas d’avion pendant 3 ans

Autre luxe polluant auquel il a renoncé, c’est l’avion. Ou plutôt avait renoncé… « Je n’ai pas pris l’avion depuis 3 ans mais je vais le prendre ce week-end pour aller à Lisbonne parce que j’ai un truc impossible à décaler et il n’y a pas de train qui va à Lisbonne et je le regrette. Mais j’ai tellement pris l’avion, tellement mangé de viande, j’ai tellement profité de la vie que je pense qu’il y a un âge où on peut se poser des questions. Et surtout c’est un moment où il y a beaucoup de choses qu’on ne savait pas. Le changement climatique c’est quelque chose d’assez nouveau en fin de compte. On n’en parle que depuis 2005-2006. »

Aujourd’hui je pense qu’il faut être radical

Greta Thunberg a réussi ce qu’aucun écolo n’avait fait

Et lui-même l’avoue, il a passé les deux tiers de sa vie à ignorer cette importance de décarboner nos vies « parce qu’on ne savait pas. Le changement climatique c’est arrivé en 2004-2005. Avant on ne parlait pas du tout de ça. Mais aujourd’hui je pense qu’il faut être radical. Vous savez, quand vous faites un film international comme le film Woman, on va toujours présenter le film au Brésil, c’est idiot ce qu’on fait. On va 2 jours à Rio. Et je lisais le bouquin de Greta dans l’avion qui m’amenait à New York et je me disais voilà une fille de 15 ans qui m’explique ce que je dois faire et j’ai décidé d’arrêter de prendre l’avion ce jour-là en lisant son livre. Elle m’a vraiment marqué. C’est drôle comme cette gamine qui est un peu plus vieille maintenant a réussi par sa radicalité, par sa souffrance quand elle parle, à monter un mouvement qui n’avait jamais été fait par aucun écolo aujourd’hui. Donc bravo. Et d’ailleurs ce sont souvent les femmes les héroïnes de l’environnement. »

Il ne pensait pas voir le changement climatique de son vivant

« Parler de la fin du monde, de la sixième extinction, c’est ça que ça veut dire. C’est la mort de tes enfants, de tes petits enfants », a ajouté le réalisateur. « Et moi je ne pensais pas que dans ma vie d’homme, je verrai de mes yeux se dérouler le changement climatique. Je parlais pour une autre génération, peut-être celle qui suivait. Mais aujourd’hui, ce qui vient de se passer en Belgique ou au Canada cet été, tous les feux en Sibérie… Et en même temps on sait ce qu’on peut faire si on décide aujourd’hui de décarboner nos vies, c’est-à-dire de mettre moins de carbone dans notre vie au quotidien. C’est ce que disent les scientifiques. Il suffirait de consommer 5% de moins d’énergies fossiles tous les ans, ce n’est pas impossible à faire », assure-t-il, mais « il faut qu’on soit le monde entier à le faire, mais c’est possible. C’est pour ça que dans tous ces chiffres extrêmement pessimises, il y a encore cet espoir de dire : on peut changer le monde si on en a envie. »

Trop d’humains sur Terre mais indécent de demander aux plus pauvres qui ne polluent pas d’arrêter leurs progrès

Toutes les secondes, la Terre compte 5 humains de plus. « Nous serons 100 millions de plus l’année prochaine. » D’où cette question délicate : faut-il limiter les naissances ? « En même temps il faut savoir que les gaz à effet de serre sont émis par 10% » des humains. « 70% des gaz à effet de serre sont émis par 10% des pays les plus riches. Il faut savoir que les pays pauvres qui font beaucoup d’enfants souvent ne sont pas responsables du changement climatique. Par contre, avec internet et leur téléphone, ils n’ont qu’une envie c’est de vivre dans nos pays, cette espèce de paradis incroyable qu’on a sur nos téléphones, sur internet, dans lesquels on vit. Parce que nous, nous vivons dans un paradis avec les lois sociales. On a à manger, l’hôpital est gratuit, l’éducation est gratuite. » On ne peut donc pas leur interdire le progrès à eux aussi « et je pense que la grande crise migratoire n’a pas encore commencé. »

Quand on sera 2 millions dans la rue, les choses changeront

Trop peu de citoyens mobilisés pour changer

« Quand il y a la marche pour le climat à Paris on est 40.000. La marche pour le pass sanitaire on est 200.000. Voilà. A l’arrivée de la Coupe du Monde de foot on est 2 millions dans la rue. Quand on sera 2 millions dans la rue, les choses changeront. Je pense qu’on a tous le devoir, la mission, par notre action. Mais moi je ne sais pas ce que peut faire un banquier, un chauffeur de taxi, un boulanger, chacun va trouver sa place et ce qu’il peut faire. Et donc le film c’est dire : attention, les hommes politiques ne sont que le miroir de ce que nous sommes nous. Ça viendra d’en bas, ça ne viendra pas d’en haut. »

Les COP représentent l’égoïsme des nations

Yann Arthus-Bertrand se montre aussi pessimiste à propos des COP, qu’il qualifie de mirages. « Jamais une COP n’a réussi à faire baisser les émissions de CO² », déclare-t-il. Mais s’il n’est « pas du tout » plus confiant pour la prochaine, la COP26 de Glasgow dans un mois, il y sera présent car elles servent à faire circuler l’information. « On sera à la COP avec le film Legacy, dont Sting a fait la voix, et on fera une conférence visuelle avec lui. Mais ce que je pense, c’est que les COP ne font pas baisser le carbone mais elles mettent en avant tous les chiffres et tout ce qu’on doit savoir donc c’est beaucoup plus une sorte d’information. Maintenant vous savez, les COP c’est un peu comme les réunions de copropriétaires où c’est une peu l’égoïsme des nations et on n’arrive pas à avancer. Ce qui est terrible c’est qu’on sait ce qui se passe, les scientifiques nous donnent les chiffres, nous disent attention c’est ce qui va arriver, c’est une catastrophe. Et on est incapables de réagir parce qu’on est prisonniers. Ici on dépend tous de la croissance. On a besoin de croissance pour vivre et aujourd’hui il faut qu’on apprenne à vivre mieux avec un petit peu moins. Non pas une décroissance mais une post-croissance un peu plus intelligente. »

Il ne faut pas demander aux enfants de porter le poids du monde

Ne pas être trop alarmiste avec les plus jeunes

Enfin, le réalisateur nous confie qu’il préfère préserver ses petits-enfants de son pessimisme sur l’avenir. L’état de la planète, « je ne leur parle pas de ça en fait. Je n’ai pas envie de parler à mes petits enfants de 10 ans de ce qui se passe aujourd’hui. Je suis végétarien, ils se demandent pourquoi, je leur pose des questions. Mais je pense qu’à 10 ans, le monde est assez difficile et compliqué, et je pense que ça viendra par la suite. Il se trouve que je vais souvent dans les écoles et dès que les enfants ont moins de 13-14 ans, j’ai pas du tout envie de leur parler de la fin du monde. Bien sûr quand vous allez dans les écoles il est marqué « triez les déchets », « mangez bio ». Ça je leur dis bien sûr et je leur explique pourquoi, mais je ne leur dis pas vraiment… On peut leur dire, mais pourquoi leur dire tout de suite ? Un enfant de 10 ans ne peut avoir aucune action sur la planète. Par contre toi et moi on peut en avoir une. Et c’est à nous de le faire. Il ne faut pas demander aux enfants de porter le poids du monde. C’est important. »

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