La "Puff", cigarette électronique jetable, de plus en plus populaire auprès des ados: "Ça circule dans les classes", s'inquiète le préfet d'un collège

La "Puff", cigarette électronique jetable, de plus en plus populaire auprès des ados: "Ça circule dans les classes", s'inquiète le préfet d'un collège

La puff, cette cigarette électronique jetable, gagne peu à peu les sorties d'école. Celle qui est présentée comme une cigarette qui diffuse des arômes sucrés inquiète parents, enseignants et professionnels de la santé. Explications.

Avec son packaging coloré, ses goûts fruités et son prix relativement bon marché, cette cigarette électronique jetable venue tout droit de Californie gagne fortement en popularité auprès des adolescents. Aux premiers abords, on pourrait la confondre avec des bonbons. Mais il n'en est rien. Tout comme les cigarettes électroniques classiques, la plupart de ces "puff" contiennent de la nicotine. À plus faible dose certes mais elles en contiennent tout de même. La dose peut atteindre les 2% selon les modèles et la marque choisis.

Sa ferveur auprès des jeunes est telle qu'une école a décidé de mettre en garde les parents. En effet, il y a quelques semaines, la direction du Collège Cardinal Mercier à Braine-l'Alleud écrivait dans un email: "Nous sommes interpellés par une maman d’élève qui nous informe que la 'Puff' a fait son apparition chez certains élèves (...) Bien qu’interdite à la vente aux moins de 16 ans, il semblerait très aisé de s’en procurer dans les environs immédiats du Collège et plus généralement dans tous les points de vente de tabac". 

Christophe Butstraen, préfet du Collège, nous explique prendre le problème au sérieux. Car après quelques investigations, il semble que cette "puff" ait malheureusement déjà séduit de jeunes élèves. "Il y a de jeunes consommateurs, certains très jeunes. Ça circule dans les classes, chez certains élèves de première et de secondaire, et probablement chez les autres, cela va de soi", affirme-t-il. Avant d'ajouter: "Ça se passe autour de l'école, dans les environs, lors du retour à la maison, lors de certains temps de midi pour celles et ceux qui ont une autorisation de sortie mais au sein de l'établissement, nous n'avons actuellement rien constaté de tel".

La législation est claire

Via ce message de prévention transmis aux parents d'élèves, Christophe Butstraen entend informer des risques que la "puff" peut présenter lorsqu'elle est consommée par des enfants. "On a toutes les craintes légitimes dès le moment où il s'agit de produits plus ou moins addictifs et de jeunes qui ne sont pas informés", argumente le préfet. En fonction de l'évolution de la situation, une sensibilisation auprès des élèves lors de cours pourrait être envisagée. 

Mais pour le préfet, le problème vient d'abord de l'approvisionnement. "Ça ne serait pas mal si les commerçants faisaient attention à qui ils vendaient", lâche-t-il, tout en admettant que les jeunes peuvent aussi se procurer la cigarette électronique via une personne majeure qui l'aurait achetée à leur place. 

Car légalement, il reste interdit de vendre ces cigarettes électroniques aux personnes de moins de 18 ans (depuis le 1er novembre 2019, l'âge minimum est passé de 16 à 18 ans). La cigarette électronique jetable dite "puff" est encadrée par la même législation que la cigarette électronique rechargeable, parfois surnommée "vaporette", nous explique le SPF Santé Publique. Depuis 2016, la Belgique interdit la vente en ligne de e-cigarettes. Les vapoteurs ne peuvent également plus se tourner vers le e-commerce pour acheter leur matériel. Les puffs peuvent s'acheter dans des magasins spécialisés.

On ne vérifie pas l’impact sur la santé

Pour les cigarettes électroniques avec nicotine, un système de notification est à respecter avant qu'un vendeur puisse les vendre sur le marché. Concrètement, les fabricants transmettent aux autorités les informations sur leur produit. "Si le dossier administratif est en ordre, c’est validé. On ne vérifie pas l’impact sur la santé", précise Vinciane Charlier, porte-parole du SPF Santé Publique.

Mathieu Capouet, expert tabac auprès du SPF Santé Publique, nous détaille : "Ces cigarettes doivent respecter les mêmes dispositions que les cigarettes électroniques rechargeables. Pour toutes les cigarettes électroniques, il existe des conditions d'étiquetage et de composition". Avant d'ajouter: "Pour les cigarettes avec nicotine, il y a des obligations renforcées en matière d'étiquetage et de composition". 

Selon l'expert, on observe une véritable augmentation de la circulation de ces cigarettes électronique depuis plusieurs mois. "De manière générale, les premières cigarettes électroniques mises sur le marché étaient des cigarettes jetables qui ressemblaient à des cigarettes. Elles ont peu à peu disparu au profit des cigarettes électroniques rechargeables et remplissables. Mais depuis quelques mois, on observe un retour assez important de ces cigarettes électroniques jetables avec notamment un boom chez les jeunes", souligne Mathieu Capouet. Aucun chiffre ne permettant d'objectiver sa circulation n'est cependant disponible. 

C'est pour attirer un nouveau public que ces produits sont mis sur le marché

Le SPF Santé Publique estime que les objectifs, que présentait la cigarette électronique lors de sa mise sur le marché, ne sont ici pas respectés. "Les défenseurs de la cigarette électronique disent souvent que c'est un produit qui doit être disponible sur le marché pour aider les fumeurs à arrêter de fumer. Il est assez évident que les techniques de marketing et de packaging qui sont utilisées pour ces cigarettes électroniques jetables ne visent pas du tout ce type de public et ne vise pas un sevrage mais vise à attirer des jeunes qui ne sont pas consommateurs de la cigarette classique. C'est vraiment pour attirer un nouveau public que ces produits sont mis sur le marché", affirme le spécialiste. 

Au vu de sa popularité chez les plus jeunes et aux risques que les cigarettes jetables peuvent présenter, le SPF Santé Publique se dit en faveur de l'interdiction de ces produits en Belgique. "Les services du SPF Santé Publique sont en train de préparer un dossier qui permettra de justifier cette interdiction. Ce sont des produits utilisés au niveau européen, et pour pouvoir l'interdire, il faut que la Belgique puisse justifier de circonstances nationales particulières qui aboutiraient à cette interdiction", conclut Mathieu Capouet.

Ananas, noix de coco, litchi... Des cigarettes aux goûts multiples

Si l'on écoute les explications du SPF Santé publique, la loi semble claire. Pourtant, des jeunes de moins de 16 ans parviennent à se procurer ces produits selon les constats du Collège Cardinal Mercier. Sur les réseaux sociaux, nombreux sont ceux qui se filment en train de fumer ces puff. Certains établissent même des classements en fonction des goûts proposés par les marques.

Comment expliquer ces dérives ? Toutes les boutiques spécialisées en cigarettes électroniques ne vendent pas de puffs. Le vendeur de l'une d'entre elles nous explique : "On est contre le principe. C'est un phénomène purement 'TikTok' (en référence au réseau social sur lequel de nombreuses vidéos de jeunes fumeurs sont partagées). Le but des cigarettes électroniques est d'arrêter de fumer. Et pourtant, ce n'est demandé que par les jeunes", nous explique-t-on. 

La
Afin de comprendre les intentions des entreprises qui commercialisent ce type de produits, nous nous tournons vers l'entreprise Liquideo. La firme française se définit comme "un acteur incontournable du marché du e-liquide français et européen". Les produits de celle-ci sont importés en Belgique comme le montre la liste du SPF qui établit les produits autorisés sur le territoire belge.

Liquideo propose des puffs aux goûts multiples. Ananas, noix de coco, litchi, mangue, menthe fraîche, bubble gum, glace au café, chocolat noisette, etc. Toutes ces cigarettes sont donc légalement commercialisées dans notre pays. Des packagings colorés, des designs qui font imitent des friandises bien connues... Cette stratégie de marketing est-elle bien assumée par l'entreprise ? Malgré nos nombreuses sollicitations, l'entreprise botte en touche et préfère ne pas donner suite à nos interviews.

Du côté de VapeBel, la fédération belge des vendeurs et distributeurs de produits de vapotage, on se dit inquiet par cette nouvelle tendance. "Le danger est que ces produits se retrouvent entre les mains de mineurs. Ces e-cigarettes jetables sont souvent de couleur très criarde et sont proposées dans des magasins de proximité tels que les kiosques à journaux où la vérification de l'âge est souvent aléatoire", déplore son président, Félix Rijkers. Avant de conclure: "L'objectif du vaping, qui est d'aider les gens à arrêter de fumer, est ainsi circonvenu. Nous voulons à tout prix éviter que les non-fumeurs ou les mineurs soient encouragés à utiliser ces produits". 

Ça pose des soucis à court et à long terme

Car les dangers de ses produits sur la santé sont réels, comme le rappelle Jacques Dumont, infirmier et tabacologue à l'hôpital Erasme. "Il y a tout d'abord le risque de l'addiction à la nicotine. Elle a un effet au niveau du cœur et des vaisseaux sanguins : ça fait battre le cœur un peu plus vite et resserre les petits vaisseaux sanguins. Et sur le long terme, ça a un effet sur l'immunité. Elle va diminuer quand on consomme à long terme de la nicotine", éclaire le professionnel. De plus, la composition de ces produits peut également présenter un effet néfaste. "La nicotine est mélangée à une série de produits pour obtenir une aérosolisation et ces produits vont irriter les voies respiratoires. Ça pose des soucis à court et à long terme", ajoute Jacques Dumont. 

Comme l'explique le tabacologue, "si on commence à en consommer à 13 ans, on a plus de risque d'être addict". "Les récepteurs à la nicotine vont se développer encore plus", indique-t-il. Selon lui, il est important de faire de la prévention dès le plus jeune âge. "Il faut travailler  sur les aptitudes psychosociales, la gestion des émotions. On parle de plus en plus de ça. Ça devrait pouvoir commencer à l'école primaire même peut-être à l'école maternelle", estime Jacques Dumont. 

Amélie James

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