"Si votre enfant décède, vous en voudrez peut-être un deuxième": comme de nombreuses femmes, Charlène s'est vu refuser la stérilisation

Elles ne veulent pas ou plus avoir d'enfants, et elles en sont intimement convaincues. Pour ces femmes, la solution la plus adaptée est la ligature des trompes.

Charlène (nom d'emprunt) a 32 ans, un enfant, et elle le sait : elle n'en veut pas d'autres. Elle a donc fait le choix de la ligature des trompes, une procédure de stérilisation permanente.

Seulement, lorsqu'elle l'annonce à son gynécologue, il refuse. Selon lui, Charlène est trop jeune, et risque de changer d'avis : "Les mots qui m'ont un peu frappée dans son discours, c'est 'si votre enfant décède, vous en voudrez peut-être un deuxième. Comment est-ce que vous allez gérer ça, si vous vous êtes ligaturé les trompes ?'" nous rapporte-t-elle.

Sur la boîte témoins de RTL INFO, les messages de femmes (mais aussi certains hommes) ont été nombreux. Beaucoup de femmes nous expliquaient avoir essuyé un refus de la part de leur gynécologue lors de leur demande de ligature.

Sur les réseaux sociaux, les témoignages négatifs de femmes se multiplient : elles regrettent un refus, voire des commentaires désobligeants de la part de leur gynécologue lorsqu'elles ont demandé cette opération de stérilisation. De quoi rendre Lucie, 26 ans, pleine d'appréhension. La jeune femme le sait depuis toujours, elle ne veut pas d'enfants, souhaite se faire opérer, mais a peur que cela devienne un parcours du combattant : "J'ai peur d'en parler parce que j'ai peur du jugement, qu'on me rejette immédiatement".

Les gynécologues ont-ils le droit de refuser ?

Selon l'Ordre des médecins, légalement, un médecin peut refuser une intervention, mais il a l'obligation de renvoyer le patient vers un confrère, car il est obligé d'assurer la continuité des soins.

Pour Jean-Luc Squifflet, gynécologue et professeur aux cliniques Saint-Luc de Bruxelles, Cette demande n'est pas si "simple" que cela : "C'est vrai que si vous venez en consultation avec une demande de contraception comme une ligature des trompes à 25 ans, sans enfants, c'est quand même logique, d'un point de vue médical, de se poser la question de pourquoi il y a une demande comme celle-là" explique-t-il.

Il faut parfois plusieurs consultations afin de répondre à cette question. Pour le médecin, l'enjeu est important, car il risque de voir sa responsabilité engagée, si l'intervention se passe mal : "Si on réalise l'acte chirurgical et qu'il y a une complication, on demandera au médecin de justifier un acte aussi 'lourd de conséquence' chez une patiente aussi jeune".

L'opération n'est pas sans risque, selon Jean-Luc Squifflet et pour cette raison, le médecin préfère conseiller d'autres alternatives. Par ailleurs, le professeur constate dans son cabinet un retour de certaines patientes qui ont changé d'avis ou de situation : "Chez les patientes qui viennent en consultation avec une demande de nouvelle grossesse, la raison la plus fréquente évoquée, c'est le changement de partenaire".

Le gynécologue précise que la ligature des trompes peut ne pas être définitive, mais "ce n'est pas simple, ce sont des chirurgies importantes, mais possibles". Ce cas de figure, certains docteurs veulent l'éviter, ce qui explique aussi la réticence de certains.

Le nombre de ligature des trompes en diminution

En 2021, 1.103 femmes de moins de 35 ans ont eu recours à une ligature des trompes (chiffres du SPF Santé demandés par nos soins). Chez les femmes de plus de 35 ans, c'est un peu plus : 1.787 ligatures en 2021. Pour un total de 2.890 ligatures l'année dernière. Le chiffre est en diminution, par rapport à avant la crise sanitaire, mais cela peut s'expliquer par le contexte covid, étant donné que ces opérations ne sont pas prioritaires. Les femmes de 35 à 39 ans ont eu le plus souvent recours à la ligature, en 2021. Elles représentent 934 des 2.890 opérations.

Chez les hommes, les chiffres sont plus élevés. Il y a plus d'opérations, car deux interventions sont nécessaires pour une vasectomie complète. Le nombre de patients est aussi plus élevé : 7.100 en 2021. Là aussi, les chiffres sont en diminution, et cela peut s'expliquer par la crise sanitaire. La majorité des patients ont entre 35 et 39 ans.

Bien que la réponse de son gynécologue ait choqué Charlène, elle n'est pas moins sûre de son choix. Elle compte s'adresser à autre médecin. Quant à Lucie, elle compte en parler à son gynécologue prochainement.

RTL Info avec Hanan Harrouch

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