"176 euros par mois pour prendre mon vélo dans le train!": des navetteurs en colère fustigent les tarifs de la SNCB

Le prix pour emmener son vélo dans un train est-il trop élevé ? C’est en tout cas le sentiment de plusieurs usagers. Alicia nous a contacté via le bouton orange alertez-nous. Elle a calculé que si son mari devait prendre son vélo dans le train pour aller travailler, cela lui coûterait 176€ par mois. Ce n’est pas la seule à s’étonner de ces montants. Comment sont-ils justifiés par la SNCB ? Enquête en marge de la semaine de la mobilité.

Le voyage à vélo pour se rendre à diverses activités fait de plus en plus d'adeptes en Belgique. Certains cyclistes embarquent ainsi quotidiennement leur vélo dans le train, et pour certains, le prix fixé par la SNCB devrait être revu.

Alicia, qui a contacté notre rédaction via le bouton orange Alertez-nous, a récemment été surprise par le montant demandé à son mari. "Pour des questions budgétaires et écologiques, mon époux a décidé de se rendre sur son lieu de travail en train. Il achète un abonnement à 95 euros par mois, jusque-là, c'est raisonnable, sauf que le jour J, lorsqu'il arrive à la gare avec son vélo, on lui a demandé un supplément de 4€ par trajet avec son vélo dans le train donc 8€ par jour pour prendre son vélo... soit 176€ par mois + 95€ d'abonnement. A quoi bon chercher des alternatives écologiques en Belgique? Encore du grand n'importe quoi", écrit-elle. Pour évoquer cette question tarifaire, nous avons également rencontré Laurent, un navetteur qui fait le trajet Bruxelles-Gembloux et Gembloux-Rhisnes tous les jours pour se rendre lui aussi sur son lieu de travail. Il raconte s'être adapté au prix pour pouvoir combiner le train et le vélo. 

"Mon emploi est dans un zoning juste à côté. Et comme je suis gestionnaire de chantier, je dois me déplacer et j’utilise les mêmes modalités pour tous mes déplacements. S'il y a des obstacles pour prendre le vélo dans le train ? Cela dépend des lignes. Il y a des rames qui sont maintenant prééquipées pour le vélo. Il y a des anciennes rames dans lesquelles il faut mettre les vélos sur des plateformes. Sinon c’est relativement bien développé maintenant", estime-t-il.

Concernant le prix de 4 euros pour embarquer un vélo non pliable dans le train, Laurent ajoute que selon lui, "il y a des trajets pour lesquels, c’est relativement bon marché. S’il faut faire Bruxelles-Luxembourg, 4 euros, par rapport au prix du billet (une vingtaine d’euros), ce n’est pas excessif. Mais comme c’est le même prix pour tous les trajets, ça finit par être relativement cher. Si je prends mon vélo tous les jours, il me coûte aussi cher que mon abonnement. Cela fait plusieurs centaines d’euros par mois."

Son abonnement train lui coûte 170 euros par mois, pour vingt jours au travail. "Ajoutez 8 euros par jour pour le vélo, ça ferait 160 euros. C’est à peu près le même prix. C’est un coût assez important et c’est pour ça que j’ai acheté un deuxième vélo pliable (gratuit, pas de supplément à payer pour l'embarquer dans le train). Tous les jours, je prends le vélo pliable et quand je dois faire de longs trajets, je prends un vélo plus confortable (8 euros par jour). S’ils proposaient un abonnement à moitié prix, à 80 euros par exemple, j’aurais gardé mon vélo normal."


Du côté de la SNCB, la porte-parole Elisa Roux confirme un engouement pour la combinaison vélo-train auprès des navetteurs. Elle indique également qu'il n'y a actuellement pas de réflexion prévue à propos des tarifs. 

Le tarif de 4 euros est très intéressant pour les longues distances

"La première chose qu’il faut rappeler est que prendre son vélo pliable à bord du train est gratuit, car on peut le ranger soit sous son siège, soit entre deux sièges. Par contre, pour un vélo non pliable on va être à 4 euros le trajet. Pourquoi 4 euros ? On constate que quand nos utilisateurs prennent un vélo non pliable à bord du train, c’est plutôt pour faire une longue distance. Ils vont plutôt emprunter un vélo non pliable pour aller faire une randonnée dans les Ardennes ou à la mer. Le prix de 4 euros est alors très intéressant. Pour faire des courtes distances, ils pourraient très bien le faire à vélo", déclare Elisa Roux. 

Depuis juin, pour encourager cette combinaison à bord de chaque train IC, qui va vers la Côte ou vers les Ardennes, la SNCB dit vouloir faire en sorte qu’il y ait une voiture multifonctionnelle, qui soit ajoutée au train. "Il va y avoir 10 places ajoutées dans tous ces trains. Et on a constaté que beaucoup de voyageurs empruntent leur vélo. Il y a 160.000 voyageurs qui ont pris leur vélo durant juillet et août."

Et d'ajouter: "Pour les vélos non pliables, nous voulons augmenter le nombre de places. On peut déjà dire que d’ici 2026, le nombre de places pour les vélos non pliables va augmenter de près de moitié. On est actuellement à 4500 places et on va arriver à 6800 places pour les vélos non pliables avec l’arrivée progressive des M7, des voitures à double étage, qui ont une voiture fonctionnelle, avec à chaque fois 10 places pour les vélos. Le nombre de places pour les vélos va augmenter à bord de nos trains."


Pour Luc Goffinet, chargé de mission au Gracq (Groupe de recherche et d’action des cyclistes quotidiens), prendre le train avec son vélo est toujours un périple semé d'embûches.

"Il y a des choses qui fonctionnent bien et d’autres beaucoup moins bien. Il y a de bons aspects dans la combinaison train + vélo, mais il y a encore des choses à améliorer. Ce qui est à améliorer, c’est l’accessibilité des trains. Dans beaucoup de trains, le compartiment vélo ne peut être ouvert que par l’accompagnateur de train. Parfois, vous attendez l’accompagnateur de train qui n’est pas là, qui est à l’autre bout du quai", souligne-t-il. 

Le supplément devrait être proportionnel à la distance

Le Gracq demande également qu’il y ait plus de places dédiées aux vélos. "Il y a encore des trains avec deux crochets vélo, ce qui est très peu. La SNCB a fait des efforts l’an dernier. On a rajouté certains wagons et rajouter quelques sièges, mais on peut encore faire mieux car il y a des périodes où c’est vraiment insuffisant."

A propos du prix fixé à 4 euros par trajet pour prendre un vélo non pliable, Luc Goffinet estime que ce supplément devrait être "proportionnel à la distance. Car vous vous pouvez très bien faire un tout petit déplacement et vous allez payer plus cher pour le vélo que pour vous. La participation aux frais en tant que tel, ne nous pose pas de soucis. Par contre, le montant… 4 euros pour aller à la mer, ce n’est pas cher. Mais 4 euros pour faire 10km, c’est vraiment beaucoup."

Et de conclure: "Il y a d’autres pays où c’est payant de mettre son vélo dans le train. Ce n’est pas le souci. C’est le montant demandé pour des petites distances. Le billet, on va maintenant le chercher, soit en ligne, soit dans un automate, d’une gare à une autre. On saurait faire un billet assez facilement avec un tarif variable."


 

Corentin Simon, Guillaume Wils, Maxime Simon et Jérôme Leroy

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