Le trafic de drogue ne s'est jamais aussi bien porté: le point sur les réseaux mondialisés de cocaïne, héroïne et méthamphétamine

Malgré des milliards engloutis dans la lutte contre la drogue, celle-ci se consomme toujours plus, soutenues par des réseaux qui tirent parti de la mondialisation de l'économie, constate les Nations Unies. Le média américain Vice News a dressé un panorama du trafic des trois stupéfiants principaux: la cocaïne, l'héroïne et la méthamphétamine. Un reportage traduit et résumé dans ses grandes lignes par Quentin Vanderstichelen.

Malgré les milliards de dollars dépensés pour arrêter les trafiquants, saisir toujours plus de drogue et éradiquer les cultures illicites, plus que jamais le monde se drogue, selon le dernier rapport annuel de l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC). Il estime que 246 millions de personnes à travers le monde, soit 1 personne sur 20, âgée entre 15 et 64 ans, consomme une drogue illicite.

Lors de l'assemblée extraordinaire des Nations Unies réunie pour discuter des problèmes mondiaux lié à la drogue, il y a 2 semaines, il a été rapporté que "les progrès de la technologie et du transport ont permis d'améliorer la fluidité et la vitesse de l'économie mondiale. Mais ils ont aussi offert efficacité similaires aux affaires des réseaux de trafiquants." En d'autres termes, la mondialisation de l'économie a conduit à l'explosion du trafic de drogue. Chaque année, 420 millions de containers de marchandises traversent les océans. Un chiffre astronomique. Impossible pour les autorités de les inspecter tous afin de détecter ceux dans lesquels se cachent des stupéfiants. Et si l'on additionne tous les moyens de transports confondus (avion, sous-marins, camions, tunnels), pour faire passer illégalement de la drogue à travers le monde, on a probablement un réseau plus grand que les réseaux logistiques des géants de la livraison Amazon, FedEx et UPS combinés.


Cocaïne: sa production et son acheminement

Plus de 20 ans après la mort du narcotrafiquant Pablo Escobar, la Colombie et ses pays voisins se portent bien. Ils monopolisent toujours la production de cocaïne. En 1998, la dernière fois que les Nations Unies se sont rencontrées pour discuter la politique en matière de drogue, leurs motivations principales étaient de "détruire ou réduire de manière significative la culture illicite de plant de coca, de plants de cannabis et les champs d'opium endéans 10 ans." Mais les résultats ne sont pas à la hauteur. La Colombie, le Pérou et la Bolivie sont toujours responsable de la quasi-totalité de l'approvisionnement mondial de cocaïne. C'est d'ailleurs la Colombie qui détient la première marche du podium avec une augmentation démentielle de 44% de la culture en 2014, ce qui lui permet de dépasser à nouveau le Pérou devenu le premier producteur mondial les années précédentes.


Le chemin de la coke vers l'Europe

Une fois la cocaïne produite, elle est envoyée dans de nombreux cargos jusqu'en Afrique de l'ouest. Le rapport révèle qu'entre 2004 et 2007, au moins deux gros centres de dispatching y ont été découverts. Le premier centre était situé en Guinée. Tandis que l'autre se trouvait au Bénin. De là, la cocaïne entre en Europe via l'Espagne et le Portugal.


Des sous-marins pour transporter la coke aux Etats-Unis

Pour subvenir aux besoins de poudre blanche aux USA, la route privilégiée reste toujours les voies maritimes par le Mexique. Pour alimenter les USA, ce sont des "narco sous-marins" qui infiltrent les eaux américaines avec des cargaisons pouvant atteindre 60 000 kilos. Selon le rapport de 2015 des Nations Unies sur les drogues, un flux équivalent à 196 tonnes de cocaïne est nécessaire pour approvisionner les Etats-Unis annuellement, soit une valeur marchande à donner le tournis de 38 milliards de dollars.

Antonio Mazzitelli, le représentant Mexicain pour le ONUDC, a été interrogé par le média Vice News à ce propos: "Clairement, les trafiquants sont toujours en train de réfléchir à une nouvelle méthode pour bouger leurs marchandises. Dès que l'attention des autorités se tournent vers les tunnels de contrebande, les trafiquants trouvent un nouveau moyen, que ce soit avec des bateaux rapides, des drones, de petits avions, des camions, des voitures: peu importe… Cela dépend de la capacité d'adaptation des trafiquants."


L'héroïne: explosion de la production en Afghanistan depuis 2001 et l'invasion US

L'héroïne est extraite du pavot à opium. Comme la cocaïne, elle est produite principalement dans un nombre restreint de pays. L'un d'eux sort largement du lot: l'Afghanistan qui "possède le monopole sur le production d'opium illicite, ayant produit 6,900 tonnes en 2009 et 95 pourcent de l'approvisionnement mondial", selon le rapport de l'UNODC. Le pays d'Asie centrale approvisionne presque toute l'Europe ainsi que le Moyen-Orient, l'Afrique, et une part importante du marché asiatique, du Pacifique et de l'Amérique du nord. Le rapport de estime que le commerce mondial d'héroïne rapporterait pas moins de 55 milliards par an aux narco-trafiquants.

Bien que l'Afghanistan ait une longue tradition de culture du pavot, la production a explosé suite à l'invasion des USA en 2001. En effet, cette année-là, selon l'UNODC, les cultivateur afghans faisait pousser environ 8,000 hectares de plantes de pavot. En 2014, les chiffres auraient atteints 224000 hectares. L'opium est une formidable source de revenus pour financer l'insurrection des Talibans contre le régime afghan soutenu par les Etats-Unis qui observent que "les trafiquants fournissent des armes, des fonds et du matériel de support aux insurgés en échange de protection contre les routes de commerce pour la drogue, les cultures, les laboratoires, et les organisations de narco trafics."


La "route des Balkans" pour approvisionner l'Europe

Historiquement, l'héroïne afghane se déverse en Europe via "la route des Balkans". Le rapport de l'UNODC note que la route est "excessivement bien organisée et gangrénée par la corruption." Mais il existe aussi une deuxième voie d'accès, la "route du nord". Celle-ci permet à l'héroïne de voyager via le Tadjikistan, l'Ouzbékistan, le Turkménistan, le Kazakhstan et enfin la Russie pour terminer sa route aux portes de l'Europe.


La "Meth", la drogue de "Breaking bad", en pleine expansion

La méthamphétamine ou "meth" pour les intimes, s'apparente à un cristal blanc aux reflets bleutés selon sa pureté. C'est une drogue psychostimulante et hautement addictive. Et depuis le dernier sommet sur les drogues de 1998, sa demande connait une croissance exponentielle. Elle est devenue l'une des drogues les plus populaires et des plus profitables aux quatre coins du monde. Selon l'Office des Nations Unies contre la drogue, la quantité mondiale de méthamphétamine aurait quadruplé, passant de 24 tonnes en 2008 à 114 tonnes en 2012. Au Mexique, par exemple, la quantité saisie en 2008 est passée de 341kilos à 44 tonnes en 2012. En Australie, les chiffres sont sans équivoque, ce n'est pas moins de 2269 kilos qui ont été saisis en 2012 alors que seulement 426 kilos avaient été saisis quatre ans plus tôt: une progression de 400%.


La Chine, laboratoire mondial de méthamphétamine

La meth est une drogue chimique qui nécessite des précurseurs pour la synthétiser. Ces ingrédients sont fabriqués principalement en Chine où le coût de production est relativement bas, à l'inverse de la production d'héroïne par exemple, qui nécessite de payer des centaines de fermiers. Les produits chimiques sont en outre aisément trouvables. Et la transformation ne requiert rien d'insurmontable sur le plan scientifique. "La méthamphétamine est un marché beaucoup plus rentable pour le crime organisé que l'héroïne", constate l'UNODC.

Une fois les produits chimiques de base élaborés, ils sont généralement envoyés là où la demande est forte. Dans ce cas-ci, le Mexique s'avère, une fois encore, être une destination privilégié au niveau du commerce mondial de "meth". La célèbre agence DEA (Drug Enforcement Agency), qui s'occupe de lutter contre le fléau de la drogue sur le sol américain, estime qu'environ 90% de la méthamphétamine consommée aux USA provient de "super laboratoires" mexicains, alimentés par des précurseurs chinois. En 2009, un homme d'affaire Sino-mexicain dénommé Zhenli Ye Gon a été arrêté après que la police eut découvert chez lui, au Mexique, 207 millions de dollars en cash. Il avait vendu plusieurs tonnes de précurseurs de méthamphetamine au cartel mexicain Sinaloa.

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