Joris, 31 ans, schizophrène, vit dans un abribus à Bernissart: "On va le laisser mourir à petit feu?"

La population de Bernissart est inquiète. Pour les enfants qui patientent à l'arrêt de bus, mais surtout pour l'homme qui souffre de troubles psychiatriques et reste là dans un froid toujours plus mordant. Les centres où il a été soigné n'en voudraient plus car il serait "non coopérant". Le bourgmestre est impuissant. On en arrive à une situation absurde: il faut attendre qu'il se fasse du mal ou agresse quelqu'un pour pouvoir agir.

C'est une histoire triste. C'est l'histoire d'une défaillance de notre société. Une défaillance qui amène à une situation d'attente. Attendre quoi? "Qu'il meurt à petit feu?", demande Audrey dégoûtée. "Attendre qu'il se fasse du mal ou fasse du mal à quelqu'un?", demandent presque qu'en choeur les habitants. Mais commençons par le début. C'est donc l'histoire de Joris, 31 ans. Une dizaine d'années plus tôt, il a été diagnostiqué schizophrène, nous dit Georgette sa mère. Aujourd'hui, depuis une semaine, le malade vit dans un abribus à Bernissart, la commune de son père et de ses grands-parents située à une vingtaine de kilomètres de Mons.


Emmené à l'hôpital pour hypothermie

Plusieurs habitants lui apportent à manger ainsi que des vêtements et des couvertures. Malgré cela, il y a quelques jours, il faisait tellement froid que Joris avait "les extrémités du corps toute gonflées" relate Audrey qui habite en face de l'abribus. Il a, pour une fois, accepté d'être emmené en ambulance à l'hôpital, grâce à l'intervention d'une "policière géniale qui a pu le convaincre de monter dans l'ambulance". Mais il est vite ressorti. Et il est revenu. "Il a signé une décharge à l'hôpital. Le lendemain, à 11h, il était revenu à l'abribus", constatait Audrey.


La nuit dans une cabane

Actuellement, Joris ne dort plus dehors. Grâce à nos institutions? Non, grâce à la charité d'une habitante de Bernissart qui le loge dans une cabane sur pilotis qu'elle a fait construire pour son fils. Il y a du double vitrage, un matelas et des couvertures. En journée, il revient dans son abribus. Parfois il crie, il rit tout seul, souvent il ne dit rien. On dira qu'il souffre de troubles psychiatriques, d'autres résumeront plus simplement: il est fou.


Agressivité

Les parents sont inquiets pour leurs enfants qui patientent à l'arrêt de bus pour aller à l'école. Dès lors, désormais, ils les accompagnent au cas où il se passerait quelque chose. S'il ne s'est encore jamais montré agressif, il le pourrait. Il l'a déjà été. Avec sa mère, ce qui a fini par aboutir à une décision judiciaire qui lui interdit de s'en approcher. Probablement avec le personnel des centres psychiatriques où il a déjà été soigné. Il a été interné environ 4 ans aux Marronniers à Tournai, nous dit sa mère. Il y recevait un traitement par injection car "il recrachait les médicaments".


Sa mère: "Il refuse sa maladie"

Le problème essentiel de Joris réside sans doute dans ce médicament recraché: "Il refuse sa maladie". L'hôpital psychiatrique des Marronniers n'a plus voulu de lui parce que, selon la mère, "il faisait opposition et n'était pas coopérant". Il s'est alors retrouvé à la rue. Il est aussi passé par une période de mise en observation à l'hôpital psychiatrique Chêne aux Haies, poursuit la mère. Il n'a pas été au bout de cette période, pour des raisons similaires à celles qui ont prévalu aux Marronniers, affirme-t-elle.

Depuis? Et bien depuis, il n'est plus soigné. Plus de médicament, plus de séjour en institution psychiatrique, nous déclare la mère. Quelques passages dans les hôpitaux mais il repart le lendemain. Au bout de cette histoire, un abribus à Bernissart. Et l'inquiétude des habitants pour cet homme qu'on connait et qu'on ne voudrait pas voir mourir de froid. Mais que faire?

Des habitants ont formé le groupe Facebook Soutien à Joris et sa famille qui compte déjà plus de 200 membres, avec l'espoir qu'il y ait "plus d'idées dans la tête de 200 personnes que dans une seule". L'une des ces idées a d'ailleurs été de contacter les médias et d'appuyer sur notre bouton orange Alertez-nous.


Le bourgmestre: "Il refuse toute aide"

Nous avons joint le bourgmestre de Bernissart. Celui-ci est inquiet. Il se renseigne plusieurs fois par jour sur la situation de Joris. Mais il est impuissant. La police est régulièrement intervenue mais c'est chaque fois pareil: Joris ne veut pas être aidé. "Il refuse toute aide", observe le maïeur. Celui-ci nous apprend qu'auparavant, un bourgmestre avait le droit de faire colloquer une personne, c'est-à-dire de la faire hospitaliser sans son consentement. Mais ce droit n'existe plus, et c'est dans l'ensemble mieux estime le bourgmestre selon qui un élu n'a pas forcément l'expertise nécessaire pour prendre une telle décision.

Désormais, il faut l'intervention d'un psychiatre. L'un d'eux est un jour venu avec la police et ne l'a pas déclaré dans un état tel qu'il doive être interné. Audrey, la voisine d'en face, confirme: "La police est venue avec un psychiatre qui a décrété qu'il avait toute sa tête", grince-t-elle, se disant "dégoûtée".


Joris: "Je veux qu'on me foute la paix"

Le bourgmestre a proposé un hébergement dans une auberge d'accueil mais l'homme refuse. "Je veux qu'on me foute la paix", répond Joris. Et s'il finissait par accepter, cela ne résoudrait pas le problème s'il ne bénéficie pas en parallèle d'une assistance. Selon sa mère, il est incapable de vivre seul. Elle assure avoir tenté l'expérience et lui a laissé la maison pendant un certain temps, allant pour sa part vivre chez sa soeur. Mais "il a mis la maison sens dessus dessous". La famille ne peut plus l'accueillir. "Vivre tout seul, il ne sait pas, il ne sait pas se faire à manger, il ne veut plus se laver", rapporte monsieur Durieux, un habitant qui vient en aide et a co-créé le groupe Facebook.

Vivre chez ses grands-parents ou chez son père qui habitent Bernissart? Les premiers ont été menacés et ne veulent pas l'accueillir. Le deuxième serait lui-même en mauvaise santé.


L'impasse

Tous en conviennent: Joris a besoin de soins. Mais comment faire? Il faudrait qu'un procureur ou un psychiatre ordonne l'internement. Monsieur Durieux affirme que la famille a déjà adressé des courriers au procureur, visiblement sans effet.

Mais tant qu'il ne commet pas d'agression sur les autres ou ne se fait physiquement pas de mal à lui-même, rien ne sera fait. On en arrive là, à cette défaillance du système, à un dysfonctionnement pour traiter le cas d'une personne qui dysfonctionne elle-même mais ne veut pas l'admettre. "Il veut sa liberté", nous dit sa mère. Mais sa liberté, aujourd'hui, c'est de crever de froid dans un abribus et de finir par être emmené à l'hôpital pour hypothermie.

Et autour de lui, à Bernissart, tout le monde est inquiet.

"Son état d'esprit change de jour en jour. Parfois, il ne se souvient plus de m'avoir vu la veille. Il n'a pas besoin d'argent, il reçoit une pension. La priorité, ce sont les soins", dit monsieur Durieux. "Je suis dépourvu et inquiet, la nuit je sors parfois sentir s'il ne fait pas trop froid, j'espère que ça ne va pas s'aggraver", confie le bourgmestre. "Cela devient urgent", supplie la mère.

"On est bloqués, on ne sait pas quoi faire", dit Audrey, la voisine qui voit toute la journée Joris dans son abribus et qui a cette désagréable impression que "personne ne veut prendre ses responsabilités".

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