Mondiaux de ski: la fin des polyvalents

Mondiaux de ski: la fin des polyvalents

Le long crépuscule du combiné alpin, discipline menacée de disparition mais encore disputée lundi aux Mondiaux d'Are (Suède), illustre la perte de pouvoir, chez les messieurs, des skieurs polyvalents au profit des ultra spécialistes.

Sur les 30 meilleurs slalomeurs du monde, 9 seulement font aujourd'hui partie des 30 meilleurs géantistes, une statistique étonnante entre les deux disciplines techniques du ski alpin.

Et si l'on réduit encore la liste aux tous meilleurs en combiné (une descente suivie d'un slalom), restent deux irréductibles Gaulois, Alexis Pinturault et Victor Muffat-Jeandet, sortes de vestiges de la polyvalence.

"C'est de plus en plus difficile de coupler les disciplines, notamment le géant et le slalom", déplore Muffat-Jeandet, médaillé de bronze olympique sur le combiné. "Ca nous plaît, c'est notre façon de vivre aussi, d'être épanouis, mais c'est très difficile de passer d'une discipline à l'autre. Il faut reprendre les automatismes au cours de préparations décalées par rapport aux spécialistes".

Ainsi, pendant que les purs slalomeurs affinent leur technique, les polyvalents passent d'un type de ski à un autre, testent et re-testent le matériel, et perdent un temps précieux.

Quelques exceptions comme le patron du ski mondial Marcel Hirscher parviennent à parfaitement passer d'une discipline à l'autre. Mais s'il faut ajouter des épreuves de vitesse, la tâche devient presque impossible, notamment à cause du calendrier international biscornu et ses incessants allers-retours transfrontaliers.

Alexis Pinturault a bien essayé de se démultiplier de la sorte en s'alignant en Super-G, afin de marquer des points sur un maximum de courses à la poursuite de son Graal: le classement général de la Coupe du monde.

Mais ses résultats ont fléchi et "Pintu" a décidé cette saison de délaisser la vitesse pour revenir au diptyque géant-slalom et retrouver son niveau entre les piquets serrés. Un pari qui paye avec déjà trois podiums dans la discipline après cinq ans de disette.

"J'ai beaucoup travaillé cet été sur le matériel avec les entraîneurs, en mettant de côté les disciplines de vitesse, ce qui m'a beaucoup aidé", admet le vice-champion olympique du combiné.

- "Surpasser ta peur" -

"On se rend compte que la polyvalence a été valable un certain temps, mais je ne suis pas sûr que l'on va continuer sur cette voie là", s'interroge notamment l'entraîneur des géantistes français Frédéric Perrin en pensant à la nouvelle génération, comme le slalomeur Clément Noël.

Mais alors comment expliquer le nombre toujours important de skieuses polyvalentes chez les filles, à commencer par la dominatrice Mikaela Shiffrin entrée en début de saison dans le club des femmes ayant gagné sur les cinq disciplines du ski (Petra Kronberger, Pernilla Wiberg, Janica Kostelic, Anja Paerson, Lindsey Vonn et Tina Maze).

Ils sont quatre chez les hommes (Pirmin Zürbriggen, Gunther Mader, Marc Girardelli, Kjetil Andre Aamodt), mais aucun n'a réussi cet exploit depuis le Norvégien Aamodt, le dernier des ultra-polyvalents, en 2000.

"Les descentes garçons sont tellement rigoureuses qu'un slalomeur ne peut pas s'y aventurer, avance la Française Anne-Sophie Barthet, spécialiste du combiné. Il faut avoir l'expérience de la vitesse, être passé par la Coupe d'Europe (la 2e division du ski)".

"Pour nous les filles les descentes sont certes engagées, mais si techniquement tu es en place, il faut juste surpasser ta peur", précise Barthet, alors que la densité de performances parmi les 30 meilleures de chaque discipline est également réputée moindre chez les filles.

Reste que les polyvalents, consultés comme les autres skieurs par la Fédération internationale de ski (FIS) ces jours-ci sur l'avenir du combiné alpin, ont lundi une des rares opportunités de faire fructifier leur talent protéiforme.

AFP

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