Après Poutine, Trump: les portraits à scandale d'artistes ukrainiens en exil

Après Poutine, Trump: les portraits à scandale d'artistes ukrainiens en exil

Ils se sont fait connaître en 2015 avec un portrait de Vladimir Poutine fait de douilles ramassées dans la région séparatiste de l'est de l'Ukraine. Aujourd'hui, deux artistes ukrainiens récidivent avec un portrait géant de Donald Trump, fait de pièces de monnaie et de jetons de poker.

Comme pour le tableau du président russe, Daria Marchenko et Daniel Green - Daniel Dirov de son vrai nom - ont choisi pour Trump un matériau qui reflète la lumière, permettant d'animer son visage d'expressions variées. L'émotion qui ressort le plus chez Trump, dit Marchenko, c'est qu'"il est fier de lui".

L'idée de ce portrait, qui mesure 2,40 m sur 1,70 m et avoisine les 90 kilos, est née l'été dernier, a expliqué Green lors d'une interview à New York. Lorsque Poutine a imposé aux Américains de réduire leur voilure diplomatique à Moscou, Trump l'a remercié, affirmant que cela allait permettre aux Etats-Unis d'économiser "beaucoup d'argent".

"J'ai pensé, +Mon Dieu, tu es si radin, comment peux-tu être président des Etats-Unis?+ C'est à ce moment-là que je me suis dit que des pièces de monnaie seraient la meilleure façon de faire son portrait", raconte l'artiste de 34 ans.

Quelque 4.000 pièces au total ont été utilisées, des "pennies" jaunes d'un cent et des "nickels" de cinq cents. Les plus petites dénominations de la monnaie américaine, "pour montrer sa radinerie" supposée, dit-il.

Certaines pièces ont été mises au feu pour obtenir des couleurs sombres, explique Marchenko. Bleues ou noires, elles forment les pupilles, les sourcils ou soulignent le menton.

- 'Faire de la diplomatie comme on joue' -

Quant aux dizaines de jetons de poker utilisés pour figurer les épaules de Trump, ils évoquent à la fois les casinos que posséda un temps le magnat de l'immobilier à Atlantic City, une station balnéaire du New Jersey, et sa façon de "faire de la diplomatie comme on joue" au poker, dit Daniel Green.

"Parfois il gagne, mais parfois il perd gros", comme lorsqu'il a annoncé le déménagement de l'ambassade des Etats-Unis de Tel Aviv à Jérusalem, dit-il. "Seuls huit pays ont soutenu" Washington sur cette décision à l'ONU, "cela montre combien l'Amérique a perdu son pouvoir!"

Le portrait en douilles de Poutine, intitulé "Face of War" (Le visage de la guerre), a rendu Green et Marchenko célèbres, mais leur a aussi valu des ennemis, qui les ont poussés à fuir l'Ukraine en novembre 2016.

"J'ai reçu des mails de menaces, des gens m'ont abordée dans la rue avec des menaces indirectes comme +Ne vous pressez pas de créer des choses+, ou +Dépêchez-vous de partir+ (...) On a aussi essayé de me kidnapper", affirme Daria Marchenko.

"Moralement, c'était difficile. Alors on est parti", dit cette blonde pétillante d'énergie de 35 ans, aux dreadlocks nouées sous un bonnet de laine.

Achevé il y a un mois, le portrait de Trump, baptisé "Face of Money" (Le visage de l'argent), leur cause à son tour quelques soucis.

Quand ils ont proposé de l'accrocher à l'Ukrainian Art Institute of America de New York, qui expose actuellement leur série sur Poutine et la guerre en Ukraine, cet organisme privé, logé dans un hôtel particulier de la 5e Avenue, a "eu peur de faire des vagues" dans les relations entre Kiev et Washington, grand soutien de l'Ukraine, explique Green.

- 'Réfugiés politiques' -

Les deux artistes ont bataillé pour trouver une école où le montrer, à la sauvette, en dehors des heures de classe. Ils espèrent pouvoir bientôt exposer les portraits de Poutine et Trump ensemble, à Las Vegas, Los Angeles ou San Francisco.

Poutine et Trump "seront face à face, ils auront un dialogue", assure en souriant Daria Marchenko.

Elle et Green, tous deux des anciens du soulèvement pro-européen du Maïdan de 2013-2014, se considèrent désormais comme des "réfugiés politiques".

Ils n'ont plus de domicile fixe et voyagent aux Etats-Unis et en Amérique latine, hébergés par des amis et des ange-gardiens.

Ils en citent deux: l'investisseur américain Raymond Staples, très présent en Europe de l'Est, qui a découvert leur portrait de Poutine lors d'une exposition à Prague. Grand amateur d'art, il a proposé de les aider, notamment pour transporter leurs lourds tableaux, confie Marchenko.

L'ambassadeur de Malaisie à Lima, Chuah Teong Ban, ambassadeur à Kiev de 2011 à 2015, est aussi "un ami" et facilite leurs voyages en Amérique latine, explique Green.

Leur prochain projet? Un portrait du président ukrainien Petro Porochenko, même si cela pourrait compliquer leur retour un jour en Ukraine, dit Marchenko.

Le matériau promet d'être à nouveau original et propice aux jeux de lumière: les artistes prévoient d'utiliser des emballages argentés de chocolats, issus des fabriques de chocolats qui ont fait la fortune du président ukrainien, lui aussi un ex-homme d'affaires.

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